histoires d'hier et d'aujourd'hui

21 octobre 2017

Le fol et le sage

SCOTT FITZ« Le Monde des Livres » de juillet/ août 2011 (1) présente Hemingway comme un « reporter lucide et généreux » dans un article datée du 23 mai 1970…A propos de ses romans, pas un mot.

Dans la biographie de Matthew Bruccoli  parue chez Vertige en novembre 1985, un chapitre « Paris et Ernest Hemingway ». rapporte que le projet de Fitzgerald débarquant à Paris est de rencontrer Hemingway.  Un beau jour,  Scott entre au Dingo Bar et se présente à Hemingway, attablé devant un verre.

Dans « Paris est une fête », paru un an avant sa mort, après plus de trente ans de gestation, Hemingway égrène ses meilleurs souvenirs parisiens. Dans le chapitre intitulé « Scott Fitzgerald » Ernest raconte en détail l’histoire rocambolesque d’un voyage qu’ils entreprirent ensemble à Lyon où Scott avait laissé sa voiture et souhaitait la ramener à Paris. A cette occasion, Ernest ne subit que des déboires. Scott n’arrive pas au départ du train ; il voyage de son côté et descend dans un hôtel sans en avertir Ernest qui l’attend dans un autre. Ils font le voyage de retour sur Paris dans une voiture sans toit sous une pluie battante, sans imperméable. En complément de tous ces désagréments, Scott se prétend soudain malade, ne parle plus que de congestion pulmonaire, et se voit mourant, contraignant Ernest à jouer les garde-malades.

Scott lui donne l’impression d’être un individu alcoolique, au comportement imprévisible aggravé par le l’excentricité de sa femme.  Pourtant, Il est admiratif devant l’homme distingué et l’écrivain talentueux. Une remarque de Frédéric Beigbeder lors d’un interview « « …Ce serait mentir que de prétendre qu’on lit Francis Scott Fitzgerald  sans penser à son smoking, à sa femme et à ses voitures » (2). C’est dire l’intérêt que les lecteurs portent autant à son style de vie qu’à son écriture.

Les deux hommes n’ont pas grand chose en commun, sauf parler littérature et boire des verres alcoolisés. Scott, propulsé dans le monde littéraire grâce à l’accueil triomphal de  son livre « Gatsby  le magnifique » jouit pleinement de son succès et dépense sans compter, tandis qu’ Ernest s’essaie  prudemment à l’écriture de romans et mène une vie parcimonieuse. « Dès le début de leur amitié, le célèbre Fitzgerald fut intimidé par Hemingway, impressionné par son talent et sa réputation de héros de guerre »..

Ernest  menait avec sa femme Hadley  une existence  disciplinée, vouée à l’écriture, jusqu’à l’irruption dans leur vie du couple Fitzgerald. Ernest note que Zelda est jalouse du succès de Scott et l’amène à se saouler pour l’empêcher de travailler.f-scott-fitzgerald

La Closerie des Lilas, 171 Boulevard de Montparnasse est le refuge d’Hemingway lorsqu’il veut être tranquille pour écrire. Il y croise Scott et d’autres visiteurs célèbres. Ils se rencontrent aussi à l’Américan Express, 11 rue Scribe.  Scott et Ernest deviennent intimes,  échangent leur point de vue sur l’écriture, se donnent des conseils. Scott  n’a jamais eu d’autre partenaire que Zelda dont il est très amoureux. Scott se confie à Ernest au sujet de sa sexualité. Il est inquiet : Zelda trouve sa verge anormalement courte. Ernest le rassure jusqu’à aller dans les toilettes avec lui pour la mesurer. Ils vont ensemble au musée du Louvres pour observer la nudité des statues grecques.

Les deux couples se fréquentent également à Juan-les- Pins, en 1926. Ils se voient  chaque jour. Ernest se laisse influencer par Scott, quant au contenu de son roman « Le soleil se lève aussi ».

C’est au 27 rue du Fleurus que se situe le magnifique appartement de Gertrude Stein. Le couple Hemingway  se rend chez elle le 8 mars 1922. Scott y est invité en 1925, année de la publication de « Gatzby le magnifique ». Gertrude Stein reçoit des artistes, peintres et écrivains. Le peintre américain Edward Hopper (3), lors de son séjour à Paris,  a entendu parler de Gertrude Stein; il note « Je n’étais pas assez important pour qu’elle me remarque ». « Le monde des Livres » du 7 octobre 2011(4) la désigne dans un article comme « mécène des peintres et des écrivains du début du Xxème siècle ». Le Grand Palais expose sa collection de peintures jusqu’au 12 janvier 2012.

Hemingway revient en Europe à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Il prend la tête d'un petit groupe de combattants, obtient une entrevue avec le général Leclerc. Il veut tout simplement libérer le bar du Ritz ! Il suit l'armée pour couvrir la "bataille des Ardennes", mais malade,  il doit être hospitalisé pour soigner une pneumonie.

Scott, meurt en 1940 de maladie. Il a 44 ans.

Menacé de cécité, à cause du diabète et touché par la folie, Ernest  il se suicide en 1961

J'ai plaisir à lire Fitzgerald.  Je relis les nouvelles dont j’oublie l’intrigue la plupart du temps mais aime à me replonger dans le décor, le climat,  le milieu social . « La Fêlure », « Tendre est la nuit » »Eclats de Paradis », « Un diamant gros comme le Ritz » sont mes livres préférés. Je n’en saute pas une ligne.

Ayant appris que Scott et Ernest étaient copains, j’ai entrepris d’explorer son œuvre d’écrivain; avec délectation pour « Paris est une fête », « Le jardin d’Eden », moins passionnée par  « Les neige du Kilimandjaro, « L’adieu aux armes », « le soleil se lève aussi », dégoûtée par  « Pour qui sonne le glas » que je parcours en pointillé…Je n'ai jamais revu le film réalisé par Sam Wood. Je ne sais pas ce qui pouvait faire courir les foules.

---------------------------------------------------------------------------------------------------------- ouvrages et textes consultés :

Matthew J. Bruccolli  - “Fitzgerald, sa vie, sa gloire, sa chute”

- "Balades littéraires dans Paris" (1900-1945)

-« Paris est une Fête »

-  Wikipédia

- (1) « Le Monde des Livres page 22 juillet/août 2011- « Hemingway, en reporter lucide et généreux »

-  (2) « Le Monde des Livres » page 4 16 septembre 2011, en titre -Les livres qui nous aident à vivre ».

- (3) lire texte "Les rôdeurs de nuit" du 17 mai 2010

-  (4) « Le Monde des Livres- page 9- 7 octobre 2011-10-10 « Gertrude Stein mécènes des peintres et des écrivains au début du Xxème siècle »

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17 octobre 2017

Paysage aux trois arbres

paysageL'exposition de 2007,  « Amsterdam…Nouvelle Jérusalem »  au  Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme me fit découvrir  un Rembrandt contemporain de familles juives ayant fui les persécutions  réfugiées à Amsterdam . A cette époque, la cité  baigne dans un climat de tolérance favorisant le commerce, l’imprimerie, et la publication  de textes d’érudition.

Collectionneur passionné, artiste et savant, le peintre s’imprègne  d’un savoir multiconfessionnel. En 1639, il s’établit dans le quartier des juifs séfarades. Les tableaux  « Un jeune juif » et surtout le portrait de Menasseh Ben Israël (1) Menasseyen témoignent, ainsi que bien d’autres peintures  comme la « fiancée juive » qui fut, dit-on commandée par deux sefardim à l’occasion de leur mariage. Il puise dans l’Ancien Testament ses sources d’inspiration, comme le fameux « Festin de Balthasar ».(2)

Le Festin de Balthasar    Mené, Teqél, Perés"  Livre de Daniel-Ch.5;V.25

  La nouvelle »Paysage aux trois arbres »(3),tourne autour du dessin de même titre réalisé en noir et blanc par le peintre en 1643.  Durant le mandat britannique(4) en Palestine, un militaire anglais, Franck,  s’invite dans une famille juive qui l’accueille sans préjugés. En remerciement, il offre la copie du dessin de Rembrandt, son œuvre. L’homme est laid, sans envergure ni personnalité, inopportun, mais son travail est remarquable. La famille accepte le cadeau, sincèrement  admirative. On scrute les détails qu’on compare avec la reproduction imprimée:  les branches d’arbres, l’enchevêtrement des buissons au pied de la colline, les zones d’ombre  et les irruptions de lumière. Tout y est, tout est parfait. 

  Les voisins de la famille, qui sont aussi leurs propriétaires, ont un fils, Schlomo, très dégourdi.  Lui aussi regarde attentivement le dessin et questionne son petit camarade .

            « - Tu ne vois rien entre les buissons ? »

            « Quoi ? »

           « Dis donc, tu es aveugle. Il y a un couple enlacé dans les herbes !  Tu vois la tête de la fille , ses mains, son corps. et ici le garçon qui la tient… »

Les parents sont sceptiques. Ils ne voient rien. Le père prend une loupe et finit par distinguer les corps enlacés. La maman soupçonne l’Anglais de lubricité; elle est furieuse.

« ça aussi ça fait partie de la vie » dit le père.

Il n’a pas échappé aux commentateurs qu’il y a un couple enlacé  dans les broussailles.   « Des amoureux se prélassent langoureusement , presque invisibles dans les taillis du premier plan »(6) Confrontée au dessin, je ne vois rien…

En filigrane du texte, un faisceau de signes et de symboles permet d’accéder à l’auteur dans son intériorité. La nouvelle se déroule en terre juive mais il n’est pas question de pratiques religieuses. Le père lit Ha-haaretz, journal de gauche fondé en 1919.

Parce que les racines plongent dans le sol et que les branches s’élèvent dans le ciel, l’arbre est considéré universellement comme un lien entre la terre et le ciel. Il est sacré dans maintes religions et mythologies, souvent l’objet de cultes. De même, le chiffre « Trois » est le nombre fondamental du vivant dans son dynamisme régénérateur, dans les trois dimensions : matériel, discursive, spirituelle.

 Le tableau ouvre sur ,deux directions :  horizontale  et verticale. Le monde matériel  est horizontal ; il est plat, écrasant, et stable. Les arbres s’élancent vers le ciel, c’est la verticalité un champ ouvert à la spiritualité. . Yehoshua Kenaz se contemple dans le tableau de Rembrandt et s’y retrouve. Il nous invite à nous pencher sur le paysage et en observer les détails jusqu’à ce que notre esprit perçoive autre chose :  un sens caché, une dimensions spirituelle.  

Un motif de  Djemal Tatah  illustre la couverture de son livre(6) : Un homme et une femme dans une attitude figée, une expression pensive, introvertie, isolés l’un de l’autre. Les personnages regardent à l’intérieur d’eux-mêmes, dans une intense introspection. Enigmatiques,  les figures expriment l’étonnement, la stupeur. Pas de geste se prêtant à l’anecdote.KENAZ Le peintre commente sa peinture. « Une exigence éthique dans le rapport à l'autre. Ne rien imposer. Ne pas agresser, ni par l'agression directe, ni par surcroît de pathétique ou de pathologie. ».

Ici s’inscrit le style Kenaz : la maîtrise du language, rester au  plus près de la vérité, sans pathos, sans envolée lyrique.

____________________________________________________________________________

 (1) Menasseh Ben Israel (1604-1657),Ecrivain portugais, diplomate et timprimeur.   On lui doit la première presse en lettres  hébraïques à Amsterdam. Ami de Rembrandt.

(2) -Peint en 1635 par le grand maître hollandais, 'Le Festin de Balthazar' s'inspire du récit biblique tiré du Livre de Daniel. Chapitre 5, verset 25 -  Le tableau présente un mystère ; les lettres hébraïques peintes sur le mur ne correspondent pas à celles de la bible...

(3)  Auteur Yehoshua Kenaz  né en 1937, Editions Acte Sud août 2003 ;

(4)   Mandat britannique 1920−1948

(5)      "Rembrandt et son temps » Time life book (Nederland) B.V. page 148

(6) Djamel Tatah est un artiste contemporain français né en 1959 à Saint-Chamond (Loire)

 

 
 

 

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Les avatars d'une Méridienne

La Redoute propose  une Méridienne trois places sur INTERNET. Je passe commande, couleur noire. Après quelques jours, je suis informée par mail que le RV pour livraison doit être pris chez les Transporteurs GENIAL. Le livreur se pointe à la date fixée, ne sait pas ce qu'il livre, croit qu'il s'agit d'une armoire. Se rend compte qu'il s'agit d'un canapé, roule le produit jusqu'à ma porte avec son diable,  me présente le Bon de livraison à signer sur lequel le produit n'est même pas mentionné. Sa mission s'arrête là.

Seule chez moi et sans aide aux alentours, je l'oblige -contraint et forcé- à entrer le canapé dans la maison, je l'oblige à le déballer, je l'oblige également à l'installer dans l'espace prévu...Pendant tout le temps de l'opération, il ne cesse de répéter comme une litanie : "oh là, là, j'ai pas l'droit de faire ça, Oh là là , j'aurais pas du faire ça, oh là là dans quel pétrin j'me suis mis.." Je signe le Bon avec réserve : je n'ai pas pu vérifier le contenu du colis.

Je téléphone à GENIAL, le dernier intervenant,  qui me confirme que le livreur doit laisser le produit  "AU PORTAIL"...c'est-à-dire sur le seuil ; il peut être sanctionné s'il enfreint à cette règle...

Plus tard, je constate que manque la notice de montage et toute la VISSERIE. J'entreprends une enquête qui dure plusieurs jours. Je remonte donc le circuit par téléphone.  GENIAL est le sous-traitant de TDL pour la  livraison par camion.dernière étape.

J'obtiens le numéro de téléphone d'un agent qui me dit appartenir à Safactory  : il va me transmettre la notice de montage en pièce jointe, document que je dois renvoyer de la même manière après avoir coché les pièces manquantes -ce qui implique numérisation, copie par l'imprimante et renvoi du document coché en pièce jointe.

Dans l'intervalle, je relance systématiquement LA REDOUTE . En réponse, LA REDOUTE m'envoie tous les jours un  mail robotisé disant « qu'ils font le nécessaire ». Je prends le téléphone et les somme d'arrêter ces mails débiles.

Je rappelle Sofactory : la notice de montage coché est transmise à leur S.A.V. J'insiste pour connaître les coordonnées du fabricant: il s'agit  SINKRO localisé à Sarajevo. Ils ont un site sur INTERNET et une page FACEBOOK sur laquelle je suis invitée à faire un commentaire . Un agent parlant le français prend contact avec moi, à la suite de quoi je transmets directement sur leur messagerie la notice de montage avec les pièces manquantes cochées . Mon contact s'est immédiatement occupé de me les envoyer par les moyens les plus rapides. J'ai ainsi pu apprécier la fiabilité de l'usine SinKro. Je poste un commentaire positif sur ma page facebook en faveur de Sinkro .

Entre temps, LA REDOUTE a pris connaissances des commentaires négatifs parus sur PageBook; ils sont désolés. Trop tard : mon opinion est faite.

Il ne me reste plus qu'à contacter un monteur pour visser l'adossoir et l'accoudoir, avant de profiter pleinement de ma Meridienne.

 

 

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05 septembre 2017

Le temps retrouvé



Dans «La  Recherche », le narrateur/Proust évoque sa grand-mère maternelle, à qui il voue un amour tout particulier. Alors qu'il séjourne en sa compagnie dans une station balnéaire, il ne se préoccupe que de savoir si par chance une amie de celle-ci, très connue dans les milieux aristocratiques, viendrait s'asseoir à leur table , ce qui aurait pour effet d'influencer favorablement une jeune femme dont il désire attirer l'attention. La vieille Dame ne prête même pas attention aux habitués de l'Hôtel quel que soit leur rang social. De plus, dit le narrateur, « elle ne m'aurait même pas méprisé , elle ne m'aurait pas compris , si elle avait su que j'attachais de l'importance à l'opinion …..de gens dont elle ne remarquait même pas l'existence. «  

Une année après la mort de sa grande-mère, il vit une expérience bouleversante. « A peine eus-je touché le premier bouton de ma bottine, ma poitrine s'enfla, remplie d'une présence inconnue, divine , des sanglots me secouèrent, des larmes me ruisselèrent de mes yeux.......Je venais d'apercevoir ma grand-mère véritable que je retrouvais, dans un souvenir involontaire et complet, la réalité vivante »  Il ressent alors un manquement irréparable de ne pas l'avoir entourée de son affection, elle qui l'aimait d'un amour absolu, tout occupé qu'il était d'obsessions narcissiques 

Des expériences similaires surviennent dans l'ouvrage de Proust. Lors de l'expérience bien connue de la madeleine dans la tasse de thé, source de joie; dans la douleur lors du laçage de la bottine; plus tard, la sensation d'un pavé mal équarri lui donne confiance en sa vocation littéraire : "La félicité que je venais d’éprouver était bien en effet la même que celle que j’avais éprouvée en mangeant la madeleine et dont j’avais alors ajourné de rechercher les causes profondes."

Nous avons des souvenirs que nous pouvons raconter sans émotion particulière. Bien différent et plus rare est le surgissement spontané d'expériences accompagnées de douloureuses prises de conscience d'un passé sans retour. (le laçage de bottine) ,  souffrance insondable de ne pouvoir réparer les blessures infligées envers une personne aimée,  souvent bien inconsciemment, faute d'avoir mesuré, lorsqu'elle était vivante. combien notre affection était sincère et profonde. 

Un mot ouvrit les vannes d'une émotion douloureuse alors que je m'apprêtais à inclure des carottes dans mon menu.  Ma mère préparait quelque fois des « Tzimmes", un plat de carottes sucrées avec raisins secs et cannelle, selon une recette juive polonaise. Nous, les plus jeunes, refusions d'en manger, alors qu'elle mettait tant de soin dans sa préparation.  Ce faisant, c'était un monde disparu qu'elle faisait revivre, en même temps qu'elle tentait d'être pour nous une mère, alors que nous lui reprochions quelque fois d'en n'être pas une vraie.  En repoussant l'assiette, nous la rejetions. A ce moment précis, alors que de nombreuses décennies me séparent de mon enfance, ma mère m'apparut soudain dans sa triste réalité : empêchée d'exister dans les circonstances tragiques de son destin.

J'ai été témoin d'un moment différent mais également bouleversant de "temps retrouvé"'. Ma mère , sur son lit d'hôpital, ne me reconnaissait pas lorsque j'allais à son chevet. Elle restait inerte , sans expression, un visage de cire. Quelques jours avant sa mort, ma soeur aînée était aussi à son chevet. C'est alors qu'en l'espace d'une seconde, une bouffée de vie colora le visage de maman, un murmure sortit de ses lèvres, une lueur de complicité alluma son regard , en même temps que l'ombre d'un sourire. Pendant l'espace d'une seconde, elle venait de revivre un passé lointain, une époque où sa fille et elle-même étaient solidaires dans la détresse. Elle avait alors 33 ans et sa fille 10. Mon père était absent, engagé volontaire dans la légion, alors qu'en janvier 1940, ma mère accouchait de mon frère cadet,dans le complet désert d'une lointaine banlieue parisienne. Ma soeur avait pris la relève et prenait  soin de toute la maisonnée : la maman, le nouveau-né, une marmaille en bas-âge. Le "temps retrouvé' de ma mère sur son lit de mort portait sur la période entre 1940/1942 où mère et fille étaient unies dans la même énergie de volonté de survie. A l'adolescence, débuta une période d'hostilité sans fin .

Cette nuit, en rêve, J'ai vu sangloter ma soeur ainée. Dans la réalité , je l'ai vue sangloter pareillement alors que j'avais 10, elle 17. Je restais pétrifiée, incapable de m'approcher d'elle. Récemment, ele  m'a donné la raison de son désespoir. Mon père l'avait contrainte de quitter l'Ecole où elle préparait son C.A.P. de couture, une profonde humiliation de renoncer à son diplôme. Nous avons tous été marqués de cette manière. Notre père nous a tous massacrés un par un : piétiné nos talents, nié nos goûts pour l'étude, bloqué nos ambitions. Voilà ce qu'était notre père; 

 

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15 août 2017

Règlement de comptes avec ma dentiste.

Le 1er août 2017, je fais le point par courrier de ses dernière interventions.

Madame J.G

Concerne : bilan des interventions 2017

 

Remarque n°1 - Pas de facture correspondant au chèque 6713069 de 38,96E

 Remarque N°2 : votre facture du 7 mars 2017 n°1381 chiffrée 330,97 (à propos de laquelle vous avez certifié avoir exécuté l'intégralité du traitement)

a) N'est pas précisé en quoi a consisté ce traitement, précisions exigées vu le dépassement .

b) Je vous ai remis trois chèques pour un total de 453,88E pour une facturation de 330,97E (comme le devis). A me rembourser impérativement la différence soit 122,91 E

 Remarque n°3 - Les codes HBMD055 pour 290.00 et HMBDO38 pour 40.97: quel code pour la molaire droite, quel code pour la molaire gauche?

 Bilan : négatif .Au bout de trois mois, le composite a craqué .( La molaire droite, et la molaire gauche sontsources de douleurs). 

 

2017                                                    chèque                     S.Sle                                                                                                                                                                                        Rembt

février

Chèque 6713069                                  38,96

Mars 2017 Facture du 7mars 2017 d'un montant de 330,97

Chèque 6713005                                180,97                                SDE 40,97              70°/° 28,68

Chèque 6713009                                122,91                                SDE 40,97              70% 28,68

Chèque 6713072                                150,00                                SDE 40,97              70% 28,68

totaux                                               453,88 - 330,97 = 122,91       122,91                     86,04

Juillet 2017

6713039                                            28,92                                          28,92              70%  20,24               

7522048                                            40,97                                          40,97              70%   28,68

Je suis insatisfaite, tant de la manière où ces interventions se sont déroulées que du résultat. Souffrant en permanence des deux molaires que vous avez traitées, Je prends des dispositions avec un confrère en vue de revoir intégralement l'état de ma machoire.  

Agréez mes salutations

 ________________________________________________________________________________

A suivre

 

Marie FURCAJG

.  

 

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24 avril 2017

Le rêve brisé * - un dossier

Ralliez l'Hébreu-et un clan
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DEMANDE D'INFORMATION SUR NOS COURS EN LIGNE

 

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* Champ obligatoire
Intréressée,  je complète le formulaire. Déborah intervient immédiatement par téléphone. Elle me met la pression pour que je finalise mon inscription, adoptant  d'entrée de jeu un ton cordial et familier. Enivrée par une rhétorique prometteuse, je délivre les chiffres  de ma carte Visa, ce  qui lui permettra de me pomper immédiatement de 140E et d'inscrire dans mon dossier un échancier sur huit mois. Ce faisant elle déclenche des mails d'accueil supposés me donner un avant-goût du programme. 

- 27 mars 2017

Bonjour Marie ,

 

J'ai apprécié notre conversation et je voudrais vous accueillir dans le monde merveilleux des langues Bibliques!

Suite à notre conversation, j'ai compilé, ci-dessous, une liste adaptée de vos besoins d'etudes. Je suis persuadé(e) que nous pouvons vous fournir la meilleure expérience d'étude possible. ETeacher est la principale Académie de Langue Biblique et partenaire de l'Université Hébraïque de Jérusalem.

Notre environnement d'apprentissage unique inclut :

  • les séances en ligne et en direct avec les meilleurs enseignants d'Israël
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    Toutes les leçons sont enregistrées et disponibles 24h/24 et 7j/7, au cas où vous auriez manqué une leçon ou, si vous voulez revoir la derniere. Vous pouvez accéder aux enregistrements avec votre nom d'utilisateur de n'importe quel ordinateur.
  • la communauté en ligne
    Prenez part à nos riches discussions riches 24h/24 et 7j/7, animées par les universitaires de eTeacher prêts à répondre vos questions. 
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  • Les témoignages d'Étudiant : 
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  • Le kit d'Étude
    Avant la première leçon vous recevrez votre livre d'étude en version PDF.
  • La période d'étude
    Notre cours est composé de 60 heures (deux heures hebdomadaires). Vous aurez un acces illimité au contenu audio/vidéo, aux forums et aux matériels d'apprentissage additionnels.
  • l'Université hébraïque de Jérusalem (HUJI)
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Fin de l'inscription
eTeacher est fiere de ses petites classes lesquelles vous assurent que nos enseignants vous prêtent l'attention personnelle que vous méritez. Comme convenu par téléphone , votre place a été réservée pour le prochain semestre disponible.
CompleteCompletez la fiche d'inscription en ligne et vous serez prêt à commencer!

Etant votre conseiller(e) académique personnel(le), je serai heureux(se) de répondre à toutes questions que vous pourriez encore avoir en relation avec la procédure d'enregistrement et, je vous contacterez à nouveau au jour convenu.

 Cordialement,
Chemla Deborah

 

Bonjour Marie ,

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Votre numéro d'étudiant(e): 717827 (Veuillez mentionner ce numéro lorsque vous contactez le service client).

 
Cordialement,
L'équipe de service client,
The Israel Institute of Biblical Studies (Formerly eTeacherBiblical.com) – An eTeacher Group Virtual School

- 7 avril . Les directives formulées par eTeacher : du bluff. Je ne vais pas tarder à m'en rendre compte. Quatre jours se sont écoulés depuis paiement d'inscription, sans que je puisse accéder au site.D'où mon mail du 7 avril.

bonjour!

1°  1-646-7129343 ce numéro ne mène à rien Quel est le numéro de téléphone à partir de la France avec lequel je peux joindre le service teachergroup?
2°Il était question que je receoive  le livre d'étude en papier par courrier et non pas en PDF. Qu'en est-il?
4° Dans les vérifications techniques j'ai tenté de compléter la page avec la date de validité de VISA mais cela ne marche pas.
5° Quand dois-je utiliser mon mot de passe?
6° Dans le mail de Chemla Deborah le contenu du cours auquel je vais participer n'est pas défini. Il était question de m'inscrire dans une classe francophone de niveau   "Intermédiaire." Il n'y a pas de classe constituée avant Juillet
7° Je n' accède aux applis proposées par Deborah comme "rejoignez notre webinar hebdo pour communiquer et mieux comprendre la Sainte Ecriture!
Merci de me me contacter pour qu'ensemble nous solutionnons ces difficultés.
Shabbat Shalom
Alexandra me téléphone et nous fixons un rendez-vous téléphonique.
 - 10 avril

 Bonjour Alexandra

1°Le rendez-vous téléphonique que nous avions fixé pour aujourd'hui de 12 à 14h n'a pas été respecté ; vous n'avez pas essayé de me joindre.
2° Vous me confirmer un  numéro de téléphone, toujours le même 33-975-180-0942 qui n'aboutit pas : message "le numéro qe vous avez composé n'est pas attribué".
3° J'ai complété la fiche d'inscription : coordonnées personnelles, date de naissance, etc. à partir de là je vous demande de vous mettre en contact avec moi car à chaque fois que j'ouvre un site on me redemande la même chose..
4°Un contact est nessaire pour que nous fassions le point du matériel dont j'ai besoin pour suivre la classe  .Je ne comprends rien à "Cisco WebEX Extension" . En tous cas, je veux éviter des acquisitions qui ne seraient pas indispensables.Deborah et vous-même , Alexandra, m'avez affirmé qu'il n'était besoin de rien d'autre qu'un ordinateur!...
5° je constate que pour les francophones,   vous n'avez pas de classe constituée. Vous me mentez. Vous prenez vos engagements à la légère.
6° Deborah a défini le confort de votre enseignement en dix points qui semblent aller de soi ce qui n'est pas prouvé de mon point de vue. Merci de coopérer avec moi pour que j'en profite. 
  
cordialement
Furcajg Marie

- le 13 avril

 Att.: Alexandra

1°Le rendez-vous téléphonique que nous avions fixé  pour aujourd'hui 13 avril de 12 à14h n'a pas été concrétisé car vous n'avez pas tenté de me joindre
2° Le mot de passe que vous m'avez donné hier n'est pas accepté.
 
J'ai acheté du vent...."havel, habalim". Vous vendez du vent.
Salutations

Avril 16, 2017

Hola Marie ,

We received your request for password reset. 

To continue the process, please click on the following link: Click here

 Sinceramente,

eTeacher Group

eTeacherGroup.com

Su número de estudiante: 717827 

 

 

J'ai informé Alexandra que je me rétractait étant donné les anomalies de fonctionnement de cette Institution lesquelles conduisent à un impasse. Par conséquent, je ne paierai pas les échéances.
A partir de là, j'ai affaire à Jérémie, délégué Juridique qui ne reconnaît pas la loi de rétractation de 14 jours . Trouve des arguments pour exiger le versement d'un reliquat de 66,50e, en plus des 140e déjà encaissés. Je déclare ne pas payer . Ma carte Visa est bloquée.. 
Mon Mail de rétraction : 
 
 À Domont, le 17 avril 217. Objet : Rétractation Référence 717827
"Le 4 avril, vous avez débité mon compte bancaire de 140 euros en vue d'une participation  à une classe d'hébreu biblique à distance par INTERNET. Mon fils Ingénieur informatique chez SFR a examiné ici avec moi les divers volets de votre site d'une part et d'autre part nous avons fait le point du matériel dont je dispose dans ce but.Nous avons été confrontés à des impasses techniques insolubles dues à la complexité des divers rouages du site nécessitant des logiciels appropriés.
Je me réfère à mon droit de rétractation de 14 jours et j'annule l'inscription enregistrée chez vous. Je ne souhaite pas communiquer davantage avec vos services dans la mesure où un climat d'incompréhension s'est installé au cours de nos échanges. D'ailleurs, aucun timing ne m'a été fixée concernant une prochaine intégration dans une classe francophone niveau "intermédiaire". Une lointaine date (juillet) avait été évoquée par vos collègues sans confirmation.
Concrètement je ne suis inscrite nulle part. Considérez, je vous prie, que je ne fais plus partie de ETeacherGroup.
Il y aurait lieu, étant donné que je suis dans les délais de me restituer mon apport initial, et bloquer les prélèvements automatiques , que ma décision ici formulée est définitif"
 

avril 20, 2017

Bonjour Marie ,

 

Suite a votre demande d'annulation de votre cour pour lequel vous vous êtes inscrite avec notre conseiller d'orientation Mariana le 04/10/2016, en accord avec les termes et conditions telles que definies dans le contrat qui vous a été envoye a cette date, nous avons le regret de vous confirmer que votre inscription va être annulée. Afin de procéder a cette annulation les frais de 66.50E sont a payer au regard des conditions generales recue le jour de votre inscription..

Vous avez accepé de recevoir en lieu et place un element dedié a l'etude de l hebreu Biblique a savoir :

    - Biblical Hebrew C en francais - Livre d'etude pour un montant de 66.50€

vour recevrez donc ce materiel le plus rapidement possible apres le reglement de cette somme.

Nous vous invitons a revenir vers nous en cas de besoin ou si vous desirez reconciderer l'une de nos offres et revenir suivre des cours au sein de notre etablissement.

Vous pouvez considerer cet email comme annulation effective de votre participation au cours, des reception des 66.50 €, et comme confirmation qu'aucun autre prelevement ne sera fait de notre part.

Esperant avoir repondu a toutes vos questions.

Jérémie

Je reçois de cet individu plusieurs appels téléphoniques à toute heure, dont un qui me tire du lit à 8h du matin...Ses mensonges et sa mauvaise foi sont stupéfiantes. Nos conversations sont ubuesques et tiennent de l'imbroglio d'une scène théâtrale dans un style de totale goujaterie. Prétendant que si  je renonce c'est que je ne VEUX PAS ETUDIER!! qu'une classe en videoconference serait ouverte pour moi dès mon assentiment!"

Ne pouvant obtenir de moi un revirement, il me menace de pénalités pour la somme de 66E50 dont je leur serais redevable... Dès réception des 66e19, il m'enverrait (geste cordial) soit un dictionnaire en hébreux soit le manuel de leur enseignement.

Après plusieurs appels  au cours duquel il tente de revenir sur ma décision , Jérémie me menace du Contentieux. Je trouve la situation cocasse et ce Jérémie est plutot candide d'imaginer que je vais croire à son bluff! La menace de procédure prétendûment sérieuse tourne à la galéjade  .Néanmoins, contre toute attente, Jérémie me transmet des coordonnées bancaires espérant que je vais délivrer les coordonnées de ma carte VISA pour leur permettre de me prélever 66,50E.

21 AVRIL

 Bonjour Marie ,

Instructions pour le transfert d'argent:

Nom de la banque bénéficiaire: BANK LEUMI LE-ISRAËL B.M

Succursale: 743

SWIFT: LUMIILITXXX

Bénéficiaire: ETEACHER LTD

Numéro de compte: 5700/07

ROUTAGE: // ILITXX

IBAN: IL150107430000000570007

 Pour aller de l'avant avec le processus d'inscription, veuillez nous envoyer une copie du bordereau de confirmation officiel que vous avez reçu de votre banque, scanné par e-mail à epayment@eteachergroup.com

 La plaisanterie continue son chemin....

 

avril 21, 2017

Bonjour Marie ,

 

Ceci est notre rappel final concernant le réglement d''un montant de

66.50

due le mai 3, 2017.
Veuillez noter que le retard dans votre paiement entraine des intérêts et penalités supplémentaires.
Si nous ne recevons pas le réglement du montant de

66.50

le avril 24, 2017, nous nous verrons dans l''obligation d''engager des poursuites judiciaire à votre encontre.
Pour le réglement des créances, veuillez nous contacte à l''un des numéros suivants: USA & Canada: 1-800-316-3783, reste du monde 1-646-200-5822. Vous avez la possibilité de mettre à jour les informations relatives à votre carte de crédit dans le cas ou vous souhaiteriez effectuer votre réglement parpaiement securise.
Dans le cas ou votre réglement aurait déjà ete effectué, veuillez ne pas tenir compte de cette relance.

 Cordialement,

Lellouche Jeremy R

The Israel Institute of Biblical Studies (Formerly eTeacherBiblical.com) - An eTeacher Group Virtual School


Votre numéro d'étudiant: 717827 

 Aucun des numéros de téléphone précisés dans le mail n'aboutit à un interlocuteur. Le montage de cette mascarade m'impressionne. La dépravation des interlocuteurs m'angoissent. J'envoie un dernier mail pour confirmer que je suis à l'abri de la loi de trétraction de 14 jours et que de toutes façons  les renseignements notés dans leurs derniers mails sont faux.

 

 

 

* J'emprunte le titre de l'ouvrage de Charles Enderlin "Le rêve brisé - Histoire de l'échec du processus de paix au Proche-0rient 1995-20023" édité chez Fayard mai 2002

 

 

 

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11 octobre 2016

La cataracte, une affaire juteuse

 Juillet 2016; Le le cabinet d'ophtamologie m'anonce que je dois subir une intervention chirurgicale;  mon oel gauche est atteint d'une cataracte. 

Le processus est mis en route, prévu  en clinique ambulatoire. Je reçois un dossier complet. 

Une série de circulaires dont détail : 

1 - Docteur PIATON Maladie et chirurgie des yeux. Intitulé « l'opération de la Cataracte ». Ce que je  dois savoir au sujet de la cataracte et de l'intervention chirgicale: « Pourquoi opérer de la cataracte », le déroulement de l'opération, évolution post-opératoire habituelle, les complications évetuelles.

2- Clinique de Domont : Recommandations avant une intervention ambulatoire : avant , le jour,  après . En cas de problème  :un téléphone. Date et ma signature

3 - Recommandation en fonction de mes médicaments habituels.

4.- Indications pour la prise de rendez-vous ; RV avec l'anesthésiste.

5.- Liste des collyres à se procurer chez le pharmacien.

6. Courrier du Dr Piaton stipulant « Votre ophtamologiste est disposé à répondre à toute question complémentaire que vous souhaiteriez lui poser. Ce document m'a été soumis pour signature avec la mention « je donne mon accord » avant même que j'aie pu examiner le dossier, c'est-à-dire le 26 juillet soit 7 jours avant l'opération.

Je  prends livraison des collyres et je lis attentivement les notices, plus informations supplémentaires sur INTERNET pour chacun des collyres :

Indocollyre (un antiinflammatoire) du 5 au 26 août 2016

Chibrocadron (corticoïde + antibiotique) du 5 aout au 11 septembre 2016

Cationorm (sécheresse de l'oeil) du 5 août au 11 octobre 2016.

 Après l'opération, distiller dans l'oeil gauche trois collyres à trois minutes d'intervalle trois fois par jour. 

 Quant au collyre avant l'opération, j'ignore...

Après avoir pris connaissance des orescriptions, Je me fais quelques constatations : 

 

1° M'avoir remis une prescription médicale de cette importance et très contraignante milieu d'un paquet de circulaires, et sans m'en parler .

 2°Dès le 26 juillet, obtenir ma signature pour accord sans me donner le temps de prendre  connaissance, du dossier;

 Un abus de confiance, d'après moi; Jeretourne la circulaire n°6 au Dr Piaton le 2 août (intervention chirurgicale prévue pour le 4 ) avec une note lui indiquant que je ne suis pas d'accord avec la prescription d'autant plus qu'au moment de la signature je n'avais pas eu la possibilité d'en examiner le détail. Pas de réaction du Dr. Piaton

 Le 3 août, veille de l'intervention, la secrétaire clinique m'appelle pour me donner l'heure à laquelle je dois me présenter au bloc (8h du matin). Je lui annonce que j'annule définitement conformément à l'entretien que j'ai eu la veille avec une infirmière de la clinique.

 Pour clôre le dossier, j'envoie au docteur Piaton le courrier du 6 août et lui demande de me renvoyer les avances par chèques de 200E de « dépassement d'hnonoraires ».

 Le 6 aôut 2016

 Référence « acte chirurgical côté BFGA 004 + BELB 001/2

 A l'attention de :

Docteur Jean-Marie Piaton

Maison médicale du Lycée

3, avenue du Lycée

935330 – DOMONT

 

Copie :

 

Secrétariat Section Anesthésie Clinique de Domont

 

Je relate brièvement les faits :

 Conformément aux recommandations du document « Vos Rendez-vous », alors que le 2 août je n'avais pas encore été contactée au sujet du « rendez-vous » du 4, j'ai pris l'initiative de contacter l'infirmière de clinique . Mon intention était de m'exprimer au sujet du dossier en me référant aux documents suivants :

 1° Document intitulé « Votre ophtamologiste est disposé à répondre à toute question complémentaire que vous souhaiteriez lui poser ». Je n'ai pas eu l'occasion de poser des questions car dès le 26 juillet ce document m'a été soumis pour accord ; j'ai signé alors que je n'avais pas disposé du délai de réflexion.

 2° Le document intitulé « Pour l'opération de la cataracte œil gauche » donne la liste des collyres et autres recommandations. Le Docteur PIATON m'ayant reçue dans son cabinet le 26 juillet pour une ultime consultation (la troisième) , il aurait été normal qu'il me remette la liste des collyres personnellement de la main à la main, au cas où j'aurais des questions à lui poser..

 3° Sur le document « Recommandations avant une intervention ambulatoire » je note la mention suivante « Après avoir pris connaissance de ces diverses recommandations, nous vous demandons de signer ce document pour nous signifier votre accord avec le protocle proposé ». Ce document ne m'a pas été présenté pour signature à aucun moment.

 La veille du 4, j'ai été informée par téléphone de l'heure d'admission ( 8 h) pour être conduite au bloc à 9h. Dès mardi le 2 , je remettais à l'accueil une enveloppe au nom du docteur Piaton « Personnel et urgent » pour lui faire savoir que non, je n'avais pas été convenablement informée et que j'étais en désaccord avec la prescription;Pas de réaction du Dr Piaton.

Plusieurs jours m'ont été nécessaires pour me rendre compte que cette accumulation de collyres ne pouvait me convenir. A aucun moment je n'ai pu m'exprimer au sujet des modalités d'utilisation des produits prescrits (non conformes aux notices, en particulier pour le Chibrocadron limité à 7 jours et non pas à 38, avec obligation de stricte surveillance alors que la visite de contrôle ophtalmologique n'était prévue que  le 6 septembre.

J'ai le sentiment d'avoir été abusée. Les termes des documents laissant croire à un possible échange avec les intervenants ne correspondent pas à la réalité. J'ai annulé l'opération de la cataracte à l'occasion de laquelle j'ai fait des dépenses à fonds perdus.

 Agréez mes salutations

 Marie FURCAJG

 

PS Veuillez me retourners les chèques suivants que je vous avais remis au titre de dépassements d'honoraires,l'acte chirurgical ayant été annulé.

 

6471012 montant 100 E ) destinés au Docteur Piaton

6471012 «  100 E)

6471017 «  50 E «  «  à l'anesthésiste

 

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10 août 2016

Lectures d'été

Wirgina Woolf. J'avais aimé « Promenade au Phare ». Impossible de m'intéresser à « La chambre de Jacob. Narration décousue, phrases sans liens, multiples personnages à peine esquissés. Oui, l'atmosphère British est bien rendu ; les hommes et surtout les femmes typiques bourgeoises londonniennes. Jacob est un jeune homme insaisissable, capricieux, associale, soucieux de se démarquer de sa tribu, bien que snob. Traduction Agnès Desarthe, auteur « Dans la nuit brune » que j'évoque dans un de mes textes « La douleur des autres » publiés sur mon blog le 26/11/2010.

 J'arrive à la dernière page (ouf !) de « La chambre de Jacob » . Mon séjour au Crotoy se termine dans quelques jours. Des vacances en mai, un printemps glacial dans la Baie de Somme. Il reste quelques livres dans mes bagages. Yasmina Khadra « L'écrivain » , Kaouther Adimi « Des pierres dans ma poche » « Rue Darwin » de Boualem Sansal. Je découvre la littérature algérienne, jamais neutre. Violence et poésie se cotoient sans transition. Boualem Sansal, un écrivain engagé qui  soulève des polémiques.

RUE DARWIN

 Encore quelques jours à tenir avant la fin de ma location. Je suis à court de lectures. Il y a un Sagan sur les étagères : « Dans un mois, dans un an ». Je le dévore, une lecture refraichissante, énergisante, exaltante. Sagan est née en 1936, moi en 1937. Elle lisait beaucoup, je lis aussi beaucoup. Le parallèle s'arrête là. Sagan s'est lancée dans la littérature très jeune; elle a été éditée, a gagné et dépensé beaucoup d'argent. Elle a connu la gloire et côtoyé les élites de l'époque. Elle est morte à 66 ans. Moi, 79 ans, je tente de ramasser des souvenirs.

Aussitôt fermé , j'en oublie le propos, sauf un petit détail : un personnage mentionne le film « Assurance sur la mort » , réalisé par Billy Wilder en 1944 ; Sagan publie son livre en 1957 ; je le lis pour la première fois en 2016, le film de Billy Winder paraît sur Arte mai 2016. La vague culturelle traverse le temps et l'espace et ne s'arrête jamais. Hallucinant!.

De retour chez moi, quelques livres m'attendent. « Exit Le Fantôme » Philip Roth. J'en termine la lecture.  « Exit... » est la dernière étape d'une série de neuf livres dont Monsieur Zickerman est le héros. La brutalité de language avec laquelle Roth aborde son récit me laisse abasourdie. Le début pésente un Monsieur Zuckermann tourmenté par un cancer de la prostate : douleurs, incontinence, impuissance. A l'occasion d'ultimes consultations, il revient à New York alors qu'il vit depuis plusieurs années à la campagne, dans la maison anciennement habitée par "l'Ecrivain de l'ombre" E.I. Lonoff.

 Par un douloureuse coïncidence, J'ai souffert d'une pathologie de la vessie. Pendant plusieurs mois, jai consulté des praticiens qui ne m'ont pas écoutée. Sous l'effet d'une d'une impulsion soudaine je prends contact avec un chirurgien urologue qui, lui,  intervient d'urgence et procède à une cystoscopie, puis me pose un pessaire. Je reviens à la vie normale jusqu'à  une éventuelle prochaine intervention : installer des bandelettes de soutien.  

C'est dans cette humiliante situation que Monsieur Zuckerman s'entiche d' une jeune femme à la belle chevelure. Bien qu'empêtré dans sa culotte de protection en plastique, il lui fait des avances. Cette jolie femme, mariée à un homme jeune, juif,  tout-à-fait fréquentable, bien qu'impressionné par l'écrivain célèbre, le repousse poliment.  Déçu de cet échec et dégouté de NewYork, Monsieur Zuckerman retourne à la campagne,  alors que l'idée de départ était d'échanger sa maison pour une certaine période avec l'appartement du couple situé en pleine ville.

 Philip Roth admire Romain Gary. Jacques Rainier, personnage dans « Au-delà de cette limite votre ticket n'est plus valable » a, lui aussi, une passion pour une femme jeune et ardente à la belle chevelure, passion réciproque. Passé la soixantaine, il perd confiance dans sa virilité. Il consulte mais rien ne le rassure. Il traîne du côté de la Goutte d'Or  fréquenté par des Arabes et Africains. Il achète la complicité d'un  Antonio Ruiz qui accompagnera le couple sera intégré au couple.Laura consent à tout pour garder son amant.

 Les hommes de plus de soixante ans que j'ai rencontrés après ma rupture avec L.* ne s'entichent pas de femmes jeunes et séduisantes. J'ai tenté avec quelques-uns de ces Messieurs des aventures que je voulais sans lendemain ; expériences gratifiantes et instructives. Ces hommes vieillisants connaissent parfaitement les zones rérotiques qu'il faut éveiller chez la femme. Résultat assuré pour d'intenses sensations, nouvelles  et inattendues, inconnues jusqu'alors.

 Dans « L'Ecrivain des Ombres » , Philip Roth nous ramène à ses débuts. Il vient d'écrire un texte qu'il soumet à E.I. Lonoff, écrivain vieilissant que le jeune Zuckermann admire. Entre en scène Annie Bellette, très jeune femme,  rescapée des exactions nazies, hébergée temporairement chez Lonoff avec lequel elle entretien une relation ambiguë. Annie Bellette réapparaît quarante ans plus tard  dans « Exit le fantôme » sous les traits d'un vieille dame misérable, atteinte d'un cancer. Elle détient un précieux manuscrit de E.I. Lonoff. Zuckermann lui rend visite et entend la protéger d'un ambitieux biographe prêt à lui subtiliser un un manuscrit de l'écrivain oublié. .

 Annie Bellette entre dans un cinéma à New York où se produit le film « le Journal d'Anne Franck ». A partir de là, tout bascule. Bellette et Anne Franck  sont fondues  dans un unique personnage ; un invraisemblable tour de passe-passe imaginé par Philip Roth. La première endosse l'histoire de l'autre. Jusqu'où peut aller un littérateur sans scrupule ? Imaginer qu'Anne Franck ne serait pas morte et chercherait à le faire savoir à son père.

 En 1958, se produisait la première représentration du « Journal d'Anne Franck » dans un théâtre des Boulevards à Paris. Nous avions 18 et 20 ans en 1957. Une émotion intense étreignait le public. Une femme s'est évanouïe qu'il a fallu évacuer. La mise en scène de l'arrestation de cette famille par la Gestapo, rendu vivante par le jeu des acteurs, nous avait brutalement projetées dans une réalité que nous, jeunes filles, sorties de la guerre physiquement indemnes, n'avions pas idée.

 Je poursuis mes lectures d'été. « Portnoy et son complexe «  est sur mon chevet. Le narrateur se livre à des obscénités démeusurément, accumule des clichés caricaturés à longueur de pages. Philip Roth ne se prive de rien pour satisfaire ses ambitions : publier et vendre. Résultat atteint. Des dizaines d'appréciations lues sur Internet louent son talent et font savoir que tout est bon à prendre. L'image d'une famille juive pratiquante dans l'Amérique des années cinquante est posée à gros trait par un narrateur à l'esprit malade. . 

Dans les années cinquante, en Europe,  (le personnage a 19 ans), le concept même de famille n'avait plus de sens. Les cinq enfants que nous étions, échelonnés de 1930 à 1940, grandissions dans  dans une baraque dépourvue de confort, de propreté et d'Ygiène. Mes parents étaient viscéralement ligotés l'un à l'autre; le laisser-aller de notre quotidien ne les dérangeait pas. Ils n'en prévoyaient pas les risques du m!oinsjusqu'à nos adolescences. Mon père gaspillait ses recettes sans apporter une quelconque amélioration à nos conditions de vie. Il subissait avec stoïcisme et humour les récriminations dont ma mère l'accablait dans  cette langue yiddish,  truffée de malédictions intraduisibles. Le monde de leur origine, ce qu'ils avaient en commun,  comptait pour eux plus que n'importe quoi. Ils rayonnaient dans une entente parfaite lorsqu'ils revenaient d'une expédition dans "Le Pläze",  le quartier juif, Rue des Francs-Bourgeois, avec la carpe vivante pour le gefilte fisch.  Quelques heures de paix avant que ne reprenne la crise de désespoir de ma mère.    

 Dans mes lectures d'été, et parce que mentionné par Philip Roth, je repense à Romain Gary. J'ai lu   "Les Cerfs-volant" son dernier roman avant son suicide .  La confection de cerfs-volants étaient le hobby du personnage principal mais aussi un acte de Résistance. Ils cachaient,  derrière les motifs,des messages dans le ciel que  les nazis ne pouvaient pas comprendre.  Tzvetan Todorov dans " Mémoire du mal et tentation du bien"  consacre un chapitre admiratif, pour l'aviateur durant la guerre, pour l'écrivain et également pour l"homme qui, après la victoire,  s'est refusé de se livrer à des actes de vengences sur les traitres. 

Je me suis passionnée pour "The chosen" (L'Elu) que j'avais lu il y a bien des années avec indifférence. Cette fois-ci, avec une certaine ampathie pour les deux adolescents plongés dans l'univers des juifs pratiquants, l'un ayant un père érudit, dans le respect des rituels mais tolérants, l'autre, Hassid, intolérant sans concession. Le ton est sobre, concis, dénué de fioritures. Reuven est blessé à l'oeil   lors d'un match de base-ball par Alex, fils d'un Hassid et destiné à lui succéder. J'était tout particulièrement intéressée par l'évolution de la blessure, suivie dans un Service ophtalmologique.  J'ai été dernièrement sur le point de subir une intervention chirurgicale de l'oeil gauche. L'avant-veille du jour J , j'ai décidé d'annuler car  je me suis aperçue que les prescriptions post-intervention étaient nuisibles et impraticables. Le chirurgien n'a pas daigné d'en discuter avec moi. .______________________________________________________________________

* lire les textes "rites d'amour" posté sur le blog le  02/05/10

A propos de ma famille - fragments 

-         29 avril 2010 « les poëles Godin »,

-          30 avril 2010 "Mon nom"

 -         1er mai 2010  «  Une famille à l’abri des tempêtes »

-          5 mai 2010 "Souvenirs du passé"

 -         9 mai 2010 «  un père en question »

-           10 mai 2010 "Douleur lancinante"

 -         5 mai 2010 « Chez le photographe »

-         18 mai 2010 "Le vélo de notre enfance"

-         28 mai 2010 "Un soldat de la Wehrmacht" 

 -         10 juin 2010 "On préférait les étrangers".

-         26 juin 2010 -"Ma cousine Emilie"

_         16 août 2010 "Plaque du souvenir"

 -         26 août 2010 « Mon père, l’antihéros"

-     -- 27 août 2010 "Le mur des Noms"

 

- 14 janvier 2011 "Madame Boissière"

    30 octobre 2012 "Tous résilients"

 

-         29 octobre 2013 "Tout sur ma mère" 

-         29 octobre 2013 "Tout sur ma mère"

 

           20 septembre 2014 "Un toit à l'abri des tempêtes"

-         23 septembre 2014 "Sauvetage d'une famille"

-         26 mars 2015 "L'insoutenable Barbarie"

      

 

Le Crotoy 2016-08012

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03 février 2016

Trois frères

Des onze enfants de Berek et Riwka, seuls Abraham et Szyja, échappent à la fureur meurtrière des nazis. 

FRERES2

 

 L'aîné, mon oncle Abraham a 23 ans en 1920. Avec son épouse Mary 21 ans, ils traversent l'Europe depuis Varsovie jusqu'au Havre. Ils s'embarquent le 25 décembre sur le « SS la Lorraine » en même temps que 1.114 passagers. Débarqués, ils sont parqués à Ellis Island pour les contrôles d'usage comme des milliers d'immigrants avant eux.

BATEAU 2

 

 Autorisé à quitter Ellis Island, le couple, leur bébé Lilian et un enfant à venir ( Saul Max , le 25 décembre 1921) sont accueillis par le frère de Mary installés à New York depuis peu.

 Située tout près de la statue de la Liberté et non loin de Manhattan, Ellis Island est l'avant-poste des services américains de l'immigration dans la Baie de New York, Après quelques heures d'inspection et d'interrogatoires, les immigrants sont libres de fouler le sol américain. Dans le petit livre « Elis Island » Georges Perec rappelle brièvement l'histoire de l'établissement. Sur les 12 millions d'immigrants contrôlés par les Services d'Ellis Island, entre 1892 à 1954, 2% sont refoulés pour des raisons diverses : maladie, opinions, anomalies physiques ou mentales.

ellis island

 Mon oncle Moizek né à Varsovie le 5 octobre 1 897 quitte son foyer vers l'Ouest. Après une étape à Metz où son épouse accouche d'une fille, Jeti, le 23 février 1923, la famille monte à Paris. Une deuxième fille naît, Marie le 15 août 1928. Je retrouve sa trace sur les fiches d'arrestation de la Préfecture de Police. La famille habitait 14 rue Demarquay, un appartement dans un immeuble bourgeois. 

 En 1929, mon père a 22 ans. Il quitte Varsovie avec sa compagne. Le couple fait étape pour quelques mois à Berrenrath (Allemagne ) où notre tante avait un petit commerce puis  poursuit le voyage jusqu' à Paris et  trouve à se loger Passage des Fours-à-chaux où vit une forte communauté juive. Le12 octobre 1930 naît ma soeur Hélène. Un extrait de l'acte de mariage atteste que mes parents se marient le 17 janvier 1931à la Mairie du 20ème arrondissement .

 Tournant le dos à Ellis Land, Abraham est partant pour une nouvelle vie. L'« American way of Life   », c'est son affaire . Rapidement, il saisit l'essentiel de la langue (sans perdre l' accent yiddish). La famille s'agrandit avec la naissance d'Herman, 1927. Abraham trouve à s'employer comme peintre en bâtiment. La fiche de recensement de 1930 situe le couple à Brooklyn. En 1933, il est propriétaire d'une Entreprise « New Modern Painting and Decorating Co ». En 1939, un incendie détruit les locaux. En 1940, il acquière un vieux casino à Monticello, situé au nord de New York. Il construit un ensel aménage l'nvironnement : espaces, aire de jeux; creuse une piscine de ses propres mains.

 Fin des années trente, Szyja, mon père, achète un terrain 37 rue des champs , Blanc-mesnil (Seine-et-Oise) . Il construit une baraque à la hâte, y installe femme et enfants et, le 25 octobre 1939, part s'engager dans la Légion étrangère.  Le 16 mars 1940 , il est 23 heures, ma mère est sur le point d'accoucher de son cinquième enfant. Les voisins sont alertés par  ma sœur aînée; ils appellent un médecin. La maman et la marmaille sont hospitalisés dans l'heure à l'hôpital d'Eaubonne. Aucune nouvelle du père depuis la fin de sa permission le Noël 1939.

 Les visites de mes oncles sont extrêmement rares.

Après la naissance de son dernier-né, ma mère, en pleine détresse,   appelle à l'aide son beau-frère Moizek. Il accourt. Il ne trouve là que précarité, délabrement, extrême misère, enfants en danger. Bouleversé, il n'a que mépris pour son frère. Nous ne le reverrons plus.

 Moizek peut se vanter de s'être bien mieux débrouillé. Sa première fille Jeti dix-sept ans ; est mariée, un bébé est à venir. La deuxième, Marie, 12 ans, fréquente l'école. Moizek est serein.

Deux ans passent sans qu'il se manifeste. Par un hasard tragique, mon père le reconnaît dans un camion en route vers Drancy. Huda, la maman, Jeti avec son bébé, Michel, et Marie sont arrêtés peu après. Cette famille n' avait pour moi aucune existence jusqu'à ce que je trouve sa trace dans les archives de la Préfecture de Police de la Seine.

 Mon oncle Nat fait la traversée juste après la Libération. Dans l'euphorie des retrouvailles, ils font une virée jusqu'à la Côte d'Azur. C'est raté. La France, c'est nul : hôtels médiocres, sans le confort d'une véritable salle de bain, accueil déplaisant. De surcroît, Abraham  ne participe pas aux frais, pour la raison qu'il n'a que des dollars en poche....

 Plus tard mon père lui rend la visite à New York. Il revient dépité... il raconte : « le matin, je m'étonne qu'il ne soit pas prévu de déjeuner. Mat m'envoie en bas de l'immeuble . Là, il y a de quoi déjeuner... » .

 En 1946, le couple vit à Miami Beach , Floride Drake Hotel Collins Avene. Mary meurt en 1956. Abraham se remarie plusieurs fois. Sa dernière épouse est Molly. En 1970, j'ai croisé Abraham en visite chez sa fille Lilian. Il semblait très épris de sa compagne : femme élégante et cordiale. Leur passion commune était la danse : le Cha-Cha-cha

Dans les archives d'Ellis Island on note que Abraham Fuhrceig(!) est déclaré « Ethnicité: Polish-Hebrew". En 1926, Abraham fait sa demande de naturalisation, qui est suivie d'un certificat de nationalité.

 Au moment de son arrestation « remis aux Autorités occupantes », parce que juif, le 29 avril 1942, Moizek est déclaré de nationalité polonaise, brocanteur commerçant. Huda, son épouse, « remise aux Autorités occupantes » parce que juive pour être dirigée au Vel d'Hiv, le 19 juillet 1942, est déclarée de nationalité polonaise. Sa fille Marie , 14 ans, arrêtée le 19 juillet 1942 , remise aux Autorités occupantes le 6 août 1942 est déclarée française. Jeti, mariée Gordon, est conduite à Drancy avec son nourrisson, né le 1er décembre 1942 pour être déportée le 23 juin 1943. 

 La fiche de démobilisation, établie le 6 août 1940 par le Commandant du Canton de Lyon déclare mon père de nationalité française. Ce document nous sauvera de l'arrestation lors d'un contrôle de la Gestapo dans le train vers la Bretagne en 1942. En 1947, son casier judiciaire est entaché d'une condamnation  et d'une interdiction de solliciter la nationalité française pendant 10 ans. Il obtient sa carte d'identité française en 1957, ce qui fait de lui un homme heureux

 Née à Paris ainsi que mes frères et sœurs, j'ai acquis la nationalité française en vertu d'une déclaration du 26 août 1948 devant le Juge du Tribunal d'Instance du Canton et d'Aulnay s/bois.

 En 1978, Molly meurt d'une attaque cérébrale. Abraham a 80 ans. Il prend des dispositions (vend Montecello à des juifs Hassidim) puis tente de se suicider par pendaison. Sauvé à temps et soigné, il survit. Une deuxième fois, le geste lui est fatale. De la liquidation de ses biens, il ne reste que les quelques tableaux qu'il peignait dans ses heures de loisirs ainsi que  des photographies.

 Ma mère meurt le 23 septembre 1972, à la suite d'un diabète   qui la rend aveugle. Mon père vend la maison familiale et acquière un appartement 237, rue Lafayette. A cours d'un voyage touristique dans les Baléares, il se lie avec Bella. Après quelques années de vrai bonheur, Bella meurt. Mon père tombe en dépression et ne s'alimente pratiquement plus ce qui nous conduit après une période de réalimentation à l'Hôpital à l'installer dans un studio médicalisé. Il meurt en mai 1996.

 Mon père aussi aimait la danse. Nous dansions la valse ensemble lors des bals de la commune. Il aimait le cinéma, il allait au théâtre lorsqu'une troupe ambulante passait par là. Il n'était pas rare que les beaux dimanches, il n'ouvre pas son stand aux puces de Saint-Ouen 

 

stand

mais embarque tout le monde dans sa camionnette en route pour Nogent-sur-Marne, aux multiples guinguettes au bord du fleuve. Le conte que j'ai publié sur mon blog le 7 octobre 2010 « un juif errant entre Dieu et Diable » raconte mon père dans mon imaginaire.

 

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Sur cette période, voir aussi sur le blog, mes textes :

"Les poëles Godin "29/04/2010

« Une famille à l’abri… » 01/05/2010

"La vraie vie" 01/05/2010

« Un père en question » 09/05/2010

« Une enfance heureuse » 15/05/2010

« Soldat de la Wehrmacht » 28/05/2010

"un juif errant entre Dieu et Diable" 07/06/2010

« Un enfant dans la tourmente“ 09/06/2010

« On préférait les étrangers » 19/06/2010

« « Plaque du souvenir » 16/08/2010

""Mon père, l'anti-héros" 26/08/2010

 "Le mur des Noms" 27/08/2010

   " Berek et Rywka" 17/12/10

 "Tout sur ma mère" 29/10/2013

"Un toit  l'abri des tempêtes" 20/09/2014

"Sauvetage d'une famille" 23/09/2014

"L'insoutenable Barbarie"26/03/2015

 

 

 

                                                            

 

 

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22 octobre 2015

Un succès de librairie

Acheté 2 euros dans un vide-grenier, oublié sur une étagère pendant des mois ou peut-être des années, j'ai récemment pris le livre en mains et me suis contrainte à ne pas le lâcher jusqu'à le dernière page. Une épreuve !

 FreudBRUEGHEL 2 La couverture : Un paysage grand-guignolesque, décor flamboyant en référence à Jan Brueghel » « Enée conduit aux enfers »(1) . Au premier plan, un portrait en pied d'un personnage bien connu, costume cravate et gilet, légèrement bedonnant, nez et menton proéminents, lunettes rougeoyantes . « Michel Onfray » en lettres énormes ; sous-titre « Le crépuscules d'une idole »(2) ; sous-titre du sous-titre en petits caractères »l'affabulation freudienne ». Quatrième page de couverture, un résumé des concepts freudiens, manière Onfray .

 Page de garde : un extrait de « Par-delà le bien et le mal »(3).Coïncidence , le texte s'applique mot pour mot à Onfray : « Ils font tous comme si ils avaient découvert et conquis leurs opinions propres par l'exercice spontané d'une dialectique pure, froide et divinement impassible alors que le plus souvent c'est une affirmation arbitraire ….pour des raisons qu'ils défendent après coup... »,

 Possédé par le personnage qu'il entend déboulonner, Onfray s'enivre de sa propre rhétorique, bétonné de certitudes, un cadeau pour un lectorat qui l'encense. « Pourquoi un tel suivisme que l'on retrouve chez les onfrayistes ? Frédéric Schiffter. (4)

 Début des années soixante, les intellectuels communistes avaient créé "l'Université Nouvelle" . Des cours maxistes-léninistes se déroulaient dans des locaux face à l'Eglise de Saint-Germain des Prés. Je me berçais alors de l'illusion que je faisais des études...Le matérialisme dialectique a influencé ma pensé durablement.

 Onfray est la proie d'un Dibbouq (5) . Il existe dans le folklore yiddish une légende : un esprit malin s’insinuerait dans le corps d'un vivante et s’exprimerait par sa bouche jusqu’à égarer son esprit.  Le contempteur de la psychanalyse fait du Freud. Un exemple  : « Freud a passé sa vie à vouloir tuer le père... », pour le motif que le père Jakob ne se serait pas rebiffé sous une insulte antisémite, subit dans la rue devant Sigmund le fils.... »

 La population de notre quartier de banlieue était majoritairement polonaise et antisémite. J'avais dix ans. Je croise une scène de violence. Sur le trottoir d'en face, mon frère aîné gît au sol frappé à coups de poings, une troupe de gamins massée autour. Je me mets à courir sans me retourner. Mes sentiments par rapport à mon frère étaient ambivalents ; je ne l'aimais pas, il me battait ; pourtant le souvenir ravive en moi un pénible sentiment de culpabilité. Quelques années plus tard, Je suis témoin d'un tabassage. Je me précipite sans égard pour la circulation et me jette au milieu de la bande d'agresseurs qui s'éparpille, contre toute attente. L'adolescent, un Algérien, a le visage en sang ; je le conduis dans un café pour qu'il soit secouru. Il y a des policiers au comptoir ; eux, regardent le blessé d'un autre œil. On est en pleine guerre d'Algérie.

 Page 590 : Etonnement de Michel Onfray « comment une femme libre peut être, elle aussi, sous influence et reléguer sa liberté d'esprit... ». Il s'agit de Lou Andreas-Salomé. J'ai publié un texte sur mon blog (6) « Une femme remarquable ». Extrait : . »...Lou fut un pôle d’attraction pour les intellectuels qui ont marqué son époque, mais elle échappe à tous. Sa vie, elle la construit comme on construit un roman, avec des rebondissements, des expériences chaotiques, comme par exemple sa quo-habitation avec Nietzsche et Paul Ree, son mariage blanc avec l’orientaliste Friedrich-Carl Andreas, sa relation avec le poète Rainer Maria Rilke....Cette aventurière de la pensée et de l'amour rencontre Freud. Elle trouve en lui un Maître, elle ne l’appelle que Professeur Freud qu’elle amuse beaucoup par ce qui émane d’elle de naïveté, mais qui le passionne aussi par son insatiable désir d’explorer les profondeurs de l’être humain. ... D’une sensibilité particulièrement réceptive au travail du chercheur ,elle adhère à sa méthode sans s’y soumettre elle-même et s’autorise à la pratiquer sur des patients, parmi lesquels, Anna Freud, la fille chérie du grand Professeur. Elle admire chez Freud l’attention intense qu’il porte à ses patients.. »

Andreas+Salome

 Page 590 – Selon Onfray, Freud était mécontent au motif que Stephan Zweig a édité en 1931 « La guérison par l'esprit » dont seulement un chapitre sur trois lui était consacré. Peu de gens mieux que Stephan Zweig, auteur de «   La confusion des sentiments » n''est à même de comprendre le travail de Freud. « Celui qui a appris à comprendre l'être humain en lui-même le comprend en tous les hommes ». (7)

 Page 547  Ernest Jones (8) aurait déclaré : 'Freud était un mauvais connaisseur des hommes », Onfray de renchérir : »C'est probablement en vertu de ce défaut de psychologie que Freud n'a pas exclu de continuer à vivre et à travailler en Autriche devenue nazie... Il ne croit pas qu'on (le nazisme) s'attaque à lui -trop célèbre croit-il »   . Des centaines  intellectuels viennois de talent, détachés du judaïsme ont été piégés par le nazisme du fait de leurs origines juives. Stephan Zweig , immense écrivain; on peut lui reprocher son aveuglement, reproche qu’il s’est  fait d’ailleurs à lui-même, mais trop tard. » Irène Némirovsky, Juive d’origine ukrainienne, née en 1903,  romancière talentueuse, et déjà célèbre ; elle se convertit au catholicisme et malgré ses appels de détresse en direction des  plus hautes sphères du clergé catholique français, elle est déportée et assassinée à Auschwitz.

Dans un texte publié sur mon blog (9) , je m'adresse à mon père .« Le 17 juillet 1942, une de tes cousines débarque à la maison, complètement retournée. Les rafles ont commencé tôt ce matin-là sur Paris. La hasard a voulu que, quelques jours auparavant,  poussant ta charrette Route de Flandres,  tu es dépassé par un camion, en route pour Drancy. Parmi les hommes, ton frère qui te fait signe. De là, tu  imagines que seuls les hommes sont raflés pour le travail obligatoire. Non ! non ! affirme la cousine , tous sont arrêtés, femmes, enfants, vieillards, même les malades. Incrédules, tu hésites toujours. Après des heures de cries et de pleurs, tu te laisses persuader par les deux femmes, ma mère et la cousine. En chemin, nous rencontrons une autre parente et son fils. Ils sont passé entre les mailles du filet du Passage des Fours-à-Chaux. Maintenant nous sommes neuf. ». Le lendemain, les gendarmes français au service de la gestapo fouillent notre maison et ne trouvent personne. « 

Page 525 – En 1933, Freud est amené à offrir un de ses livres avec dédicace à Benito Mussolini. À la suite de quoi, Onfray lui colle une étiquette de fasciste.

 Suite de mon texte « Mon père l'anti-héros du 28/10/2010) , »Pour réaliser le Mur de l’Atlantique, l’Organisation Todt manque d’ouvriers, spécialistes ou simples manœuvres, d’origine étrangère de préférence, même juifs. Le Maire de la Commune du Faoüet est régulièrement sollicité pour réquisitionner des équipes. Tu (mon père) te fais embaucher comme tapisser, métier que tu exerçais à Varsovie. Les Allemands t’ont à la bonne. Ils savent que tu es juif. Après le Débarquement, la base de la kriegsmarine est encerclée . Les FFI * installent un siège autour du bunker. Les maquisards sont maîtres de la rue. Les Allemands te donnent congé : «Débinez-vous, Monsieur Furcajg, c’est la fin, nous sommes kaputt ».  Dans ta fuite,  tu te heurtes à un barrage de FFI (10). Ils  s'apprêtent à te fusiller . Un de la troupe intervient : « laissez-le passer, il a cinq gosses ». Onfray peut-il imaginer un tel geste, dans de telles circonstances ? 

 Page 230. « L'Homme Moïse et la religion monothéiste ». A ce propos, Onfray encore une fois joue à Freud  et y va de sa chanson répétée à l'infinie : »horde primitive, meurtre du père, banquet cannibale scène primitive, tropisme incestueux, etc." Cette page me choque d'autant plus que «  L'Homme Moise..... » que j'ai lu autrefois ne m'a pas paru sacrilège, seulement une histoire intéressante. Je ne suis pas juive croyante ni psychanalyste ; Onfray n'est ni croyant ni psychanalyste et, pourtant, il s'autorise à jeter l'anathème sur Freud au nom d'une religion dont il n'a aucune idée. 

 Page 442—443. Onfray, l'inconditionnel du rationnel dit aimer Bosch (11 ) en particulier deux tableaux : « l'excision de la pierre de la Folie » et le « le charlatan » . Si notre époque ne peut saisir la signification. de ces toiles, Onfray, lui, peut.. ». Un détour par Marcel Mausse lui offre un secours utile ». (12). En fait , son idée est de dénoncer la véritable nature du travail psychanalytique « Freud inscrit sa psychanalyse dans un long lignage de thérapie magique et de guérision rituelle » . Ce que je trouve particulièrement savoureux, c'est la suite : (page 448). «  La psychanayse de Freud incarne un chamanisme viennois contemporain de Sissi l'Impératrice et du Rois de Bavière. ». Onfray pense donner le coup de grâce à la pratique psychanalytique, sauf que Marcel Mauss est le père de l'anthropologie française  et non pas un bonimenteur de foire, créateur d'une Université populaire. 

 Le charlatan

Bosch-LescamoteurDans la biographie de M. Mausse on trouve ceci : » Freud et Mauss sont tous deux des Juifs athées, le premier né en 1856, le second en 1872. S’ils ont tous deux été formés par les humanités de cette seconde moitié du XIXe siècle, la similitude s’arrête là.  Prendre position, s’engager politiquement, Freud ne l’a jamais fait et il ne le fera jamais – même contre le nazisme, bien que fermement anti-nazi. 

                                                                                                                                         

                                                                                                                                                           L'excision de la pierre de la Folie

bosch

 Adam Philips (13) a une autre compréhension du savant Freud. "L'occultisme et de mysticisme n'entraient pas dans le travail de Freud". (page 99). Quant à moi, je m'imprègne volontiers de contes, mythes et légendes.  

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  1. Jan Brueghel le Jeune est un peintre baroque flamand né en 1601 et mort en 1678. Il est le fils de Jan Brueghel l'Ancien.

  2. Titre sur le modèle de « Le crépuscule des dieux de son vrai nom Götterdämmerung à été composé par Wagner.

  3. « Par-delà le bien et le mal Poche 13 octobre 1987 de Friedrich Nietzsche 

  4. Frédéric Schiffter, né en 1956, est un philosophe et écrivain français

  5. "Dibbouk" est un terme forgé par les cabalistes à partir de l'expression "dibbuk me ruach raa", signifiant la possession par un esprit malin. Bientôt, le mot "dibbouk" commence à fonctionner de façon autonome,

  6. « Une femme remarquable » publié le 23/05/2010 sur mon blog mfurcajg.canalblog.com

  7. « La guérison par l'esprit » (Heilung durch den Geist _ Insel Verlab 1931) Poche 1991 _ page 377

  8. Ernest Jones -  1879 /1958 ) est un psychiatre et psychanalyste britannique. Il a introduit et institutionnalisé la psychanalyse au Royaume-Uni, en créant la Société britannique de psychanalyse dès 1919. Il est également le premier biographe de Sigmund Freud.

  9. « Mon père, l'anti-héros » publié sur mon blog le 26/8/2010

  10. Les forces françaises de l'Intérieur  

  11. Jérôme Bosch  ( v. 1450 – v. 1516), est un peintre néerlandais.

  12. Marcel Mausse né à Epinal le 10 mai 1872

  13. Adam Phillips (born 19 September 1954[1]) is a British psychotherapist and essayist.

  14. Mes textes « Mythes et Symboles » sont une tentative d'accéder par étape aux Sentiers de la Sagesse kabbalistique.

  1. Jan Brueghel le Jeune est un peintre baroque flamand né en 1601 et mort en 1678. Il est le fils de Jan Brueghel l'Ancien.

  2. Titre sur le modèle de « Le crépuscule des dieux de son vrai nom Götterdämmerung à été composé par Wagner.

  3. « Par-delà le bien et le mal Poche 13 octobre 1987 de Friedrich Nietzsche 

  4. Frédéric Schiffter, né en 1956, est un philosophe et écrivain français

  5. "Dibbouk" est un terme forgé par les cabalistes à partir de l'expression "dibbuk me ruach raa", signifiant la possession par un esprit malin. Bientôt, le mot "dibbouk" commence à fonctionner de façon autonome,

  6. « Une femme remarquable » publié le 23/05/2010 sur mon blog mfurcajg.canalblog.com

  7. « La guérison par l'esprit » (Heilung durch den Geist _ Insel Verlab 1931) Poche 1991 _ page 377

  8. Ernest Jones -  1879 /1958 ) est un psychiatre et psychanalyste britannique. Il a introduit et institutionnalisé la psychanalyse au Royaume-Uni, en créant la Société britannique de psychanalyse dès 1919. Il est également le premier biographe de Sigmund Freud.

  9. « Mon père, l'anti-héros » publié sur mon blog le 26/8/2010

  10. Les forces françaises de l'Intérieur  

  11. Jérôme Bosch  ( v. 1450 – v. 1516), est un peintre néerlandais.

  12. Marcel Mausse né à Epinal le 10 mai 1872

  13. Adam Phillips (born 19 September 1954[1]) is a British psychotherapist and essayist.

  14. Mes textes « Mythes et Symboles » sont une tentative d'accéder par étape aux Sentiers de la Sagesse kabbalistique.

 

 

 

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27 juin 2015

Le Marchand d'eau

 

 

Le tableau est le grand absent de l'exposition parisienne qui vient de fermer au Grand Palais, consacrée à Velasquez (1). On peut le voir au Apsley House, une demeure londonienne appartenant aux descendants du Duc de Wellington (2), aujourd'hui un Musée dont plusieurs salles sont ouvertes au public. Tim Parks (3). lui consacre un chapitre dans son livre « « le calme retrouvé ». Dans son témoignage, l'écrivain y voit une clef : « L'eau dans le verre serait l'image d'un mental calme et serein, vide de pensées. »

 

 Le porteur d'eau

Dans sa période « réaliste » Vélasquez peignait les gens d'humbles conditions qu'il observait autour de lui. 

casse des oeufs

"Le Marchand d'eau" met en scène un jeune garçon et un vieil homme, chacun la main droite posée sur un verre d'eau plein à ras bord ; derrière, en retrait, un homme lève son verre. Les vêtements de chacun des personnages situent leur milieu social : l'enfant un nanti, le vieillard un gueux. Les objets heurtent le bon sens : On ne s'attend pas à trouver un verre de cristal ailleurs que sur la table d'une maison bourgeoise. Les attitudes sont surprenantes aussi : alors qu'il vient de verser l'eau et a reposé la cruche au sol, le vieillard garde sa main (4) posée sur le verre, comme pour retenir l'enfant, comme si cet instant avait pour luio un sens tout particulier : un rite initiatique, où les mains et les regards sont plus signifiants que les discours.

Le tableau au globe est d'Anna-Louis Girodet (1727-1824) . Ici les personnages sont intimes. Transmission de connaissances mais aussi expression d'un lien affectif intense. 

Girodet

 BIBLEWORKS

 

Le vieil homme et l'enfant penchés sur le texte sacré est une gravure reproduite sur la couverture du manuel  joint au logiciel Bibleworks, que j'utilise pour mes études d'hébreux bibliques.   

Les mains transmettent la vie. « Création d'Adam » est l'une des neuf fresques inspirées du livre de la Genèse, peintes par Michel-Anges sur la partie centrale de la voûte de la chapelle Sixtine, dans la cité du Vatican .L’œuvre à une portée universelle  : l'index de Dieu, rejoignant celui d'Adam sans le toucher, donne vie à l'Homme (5).

 

chapelle-sixtine

 

La main est outil de connaissance. Dans la langue hébraïque, le mot pour main est Yod/daleth alors que le mot pour connaître est  yod/daleth/ayin.

 IAD

Au fond du verre, une figue. L'arbre et le fruit sont mentionnés des dizaines de fois dans la Bible, en même temps que la vigne et l'olivier.

TOB Deuteronomy 8:8 Un pays de blé et d'orge, de vignes, de figuiers et de grenadiers, un pays d'huile d'olive et de miel,

 TOB 1 Kings 5:5 Juda et Israël demeurèrent en sécurité, chacun sous sa vigne et sous son figuier, de Dan jusqu'à Béer-Shéva, durant toute la vie de Salomon.

 TOB 2 Kings 20:7 Esaïe dit: «Qu'on prenne un gâteau de figues!» On en prit un qu'on appliqua sur les tumeurs du roi, et il fut guéri.

 TOB Micah 4:4 Ils demeureront chacun sous sa vigne et son figuier, et personne pour les troubler. Car la bouche du SEIGNEUR le tout-puissant a parlé.

 TOB Zechariah 3:10 En ce jour-là - oracle du SEIGNEUR le tout-puissant - vous vous inviterez mutuellement sous la vigne et sous le figuier.

Saint-Luc XIII, 6-9: Le texte raconte sous forme de parabole :" Une homme avait un figuier planté dans sa vigne. Il vint pour y chercher du fruit , et il n'en trouva point..." 

 Nous étions un groupe d'une dizaine de personnes qui visitions une ville marocaine. Nous descendions de l'autocar , quand un marchand d'eau lourdement chargé de deux outres, nous apercevant de l'autre côté du trottoir , traversa la rue en courant. Dans sa hâte, il perdit l'équilibre et s'étala à nos pieds de tout son long , sa précieuse marchandise s'écoulant sur le pavé. De tous les Enseignements que l'on peut tirer du tableau de Velasquez, le respect pour les humbles et aussi pour le grand âge n'est pas des moindres.

__________________________________________________________________________________

 (1) Velasquez - Séville le 6 juin 1599 -  Madrid le 6 août 166

(2) Ferdinand VII fit cadeau du tableau au Duc de Wellington, victorieux à la bataille de Vitoria (Espagne)

( 3) Tim Parks « Le calme retrouvé » Lire le texte « une journée particulière », édité sur mon blog le

(4) Lire sur mon blog le texte « Les mains » édité le 1er juin 2010

5) Wikipédia

 

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09 juin 2015

Une journée particulière*

 

 

   

Un rat est venu dans ma chambre.
Il a rongé la chandelle.
Il a fait trembler la table branlante,
Et renversé le pot à bière.
Je l’ai pris dans mes bras blancs.
Il était chaud comme un enfant.
Je l’ai bercé tendrement
Et je lui chantais doucement :
« Dors mon rat, mon petit flic, mon petit agent
« Oh ! ne m’arrête pas ce soir, sous la lune.
« Ferme les yeux quand je serai là avec mon amant. »

La fille de Londres – Paroles de Mac-Orlan

 

 

Nuit après nuit, la bestiole visitait le sous-sol et le rez-de-chaussée de ma maison. Des choses disparaissaient. Je ne l'ai jamais surprise ni eu la possibilité de l'attraper, malgré mes pièges et appâts. J'ai fait appel à une entreprise. Au bout de quelques jours, le rat était dans ma douche, très affaibli, pas du tout dégoûtant ni effrayant. J'ai eu pitié pour lui. Je ne l'ai pas pris dans mes bras. Le technicien de l'Entreprise l'a emmené.

 Ce mardi, je descends à la banque. J'en profite pour passer devant le domicile de la vieille dame à qui je donne des livres car, dit-elle, la lecture lui sauve la vie ; elle a 96ans, se justifie d'avoir été pétainiste. Adolescente, elle habitait Paris mais ne sait rien des rafles des juifs. Je lui ai repassé Tourgueniev d'Henri Troyat, dans la série des biographies. Je termine le Tchékov que je compte lui proposer. Elle ne répond pas au téléphone, ses volets sont fermés. Un voisin m'informe - Oui, j'ai entendu dire qu'on l'a retrouvée à terre et hospitalisée ; un autre voisin m'en dira davantage . Je sonne chez eux : ils m'ouvrent la porte avec beaucoup de gentillesse. Un joli petit garçon se tient près de son arrière-grand-mère. Ils jouent aux cartes ensemble mais l'enfant veut toujours gagner. Comme la vie est agréable quand on croise des personnes confiantes qui ne vont pas s'imaginer qu'il faut se méfier d'une inconnue - Odette est hospitalisée à Eaubonne ; son état n'est pas grave, elle va rentrer dans quelques jours. Je demande de transmettre mon bonjour.

 Je descends vers le centre. Une femme que je connais marche sur le même trottoir. Elle est aveugle et pourtant elle est seule, sans canne blanche. Elle va à la poste ; Depuis plus de trente ans qu'elle vit à Domont, elle connaît le chemin. Nous faisons route ensemble. Je reste avec elle pour affranchir son courrier avec la machine. Elle garde ma chienne lorsque je rentre chez le boulanger. Pendant que nous remontons, elle me raconte quand et comment ont commencé ses souffrances ; à vrai dire à la naissance. Elle a soixante-huit ans. Elle me parle  aussi de sa mère qui a fait une chute, à la suite de quoi elle a perdu son autonomie. Nous bavardons jusqu'à sa porte. Le lendemain, je la croise à nouveau ; elle est en compagnie de son mari. Elle aimerait sans doute bavarder un peu avec moi mais cela n'intéresse pas son mari...

 Ma chienne a vomi sur ma moquette cette nuit. Dès le levé, j'y vais de ma bassine et espère éviter de vilaines taches. Ne pouvant m'agenouiller, je m'assieds sur une chaise basse pour frotter plus l'aise. La chaise est bancale ; je bascule à la renverse en même temps qu'un paravent qui me tombe sur le dos. La descente d'escaliers n'est pas loin ; même pas peur, même pas mal.

 Je croise souvent une femme qui a le donc de me crisper avec ses habitudes de me passer de la pommade. Elle a gardé des habitudes obséquieuses de son métier de serveuse à la buvette de la Gare du Nord. Je ne suis pas contre de « lancer des fleurs » mais à bon escient, avec à-propos et délicatesse. J'ai même fait un rêve qui me conforte dans les bienfaits de quelques compliments : "je m'empare d'une brassée de roses d'un vendeur ambulant et les distribue une par une aux passants... ». Nous échangeons des confidences  au cours de nos balades avec nos chiens. Je pensais qu'elle était un peu une amie et qu'elle m'accompagnerait au cinéma du quartier. Je vais jusqu'à chez elle avec les horaires. Après un temps d'attente devant sa fenêtre, sous la pluie, elle apparaît, alertée par les aboiements de son chien, fait mine d'être frigorifiée et décline la proposition - Non ! Aller au cinéma cela ne lui dit rien. Ce qui jette un froid dans mes sentiments.

 j'observe que l'homme marchant devant moi a une drôle d'allure, le dos courbé, les bras ballants, la démarche traînante. Je le connais bien. J'ai fait sa connaissance le jour où il a réparé la roue de mon caddie. Depuis nous nous saluons quand il promène son chien de garde et moi mon caniche. Nous nous arrêtons devant ma porte, Je l'encourage à parler. Il vit un drame familial : les distances, un travail de nuit et la mauvaise volonté de la mère le privent de sa fille. Il s'inquiète pour son éducation : elle est mal entourée . Encore une de ces femmes toxiques qui déploient leur pouvoir de nuisance .

 Une journée particulière : le 28 mai, anniversaire de ma naissance. J'ai reçu un bougainvillée de la part d'une ancienne relation. Un homme qui a été mon compagnon de loisirs pendant plus de trente ans, jusqu'en 2004. Depuis, nous avons peu de contacts. Pour lui, les dates d'anniversaire sont comme sacrées. la preuve une bougainvillée. Pour rendre service,  il ne se dérobe jamais. Peu de temps auparavant, en panne de télévision, il a répondu présent bien qu'il soit loin de chez moi. Cependant, nous ne pouvons pas rester plus de trois jours ensemble (1).  

003

 Le 28 mai, mon frère cadet s'est manifesté sur ma messagerie. Une occasion pour se souvenir de moi. Alors qu'il était en 6ème, Je lui rédigeais ses rédactions , cela  n'échappait pas à son maître, qui était en même temps mon professeur d'histoire de quatrième. Un jour où j'étais appelée au tableau pour réciter une leçon -que je n'avais pas apprise- il m'avait dit : - mais vous devriez connaître tout ça, elle est une de vos compatriotes !... (2). C'était un homme pétri d'indulgence ; je regrette de l'avoir déçu (3) . Mon frère est redescendu dans le primaire; il a végété plusieurs années jusqu'à son certificat d'études. En Algérie pendant ses deux ans de service militaire, il n'a pas écrit de courrier et personne ne s'est soucié de lui. C'était comme ça chez nous. J'ai su bien plus tard qu'il initiait au judo les petits algériens, ce qui a soulagé ma conscience. Suite à de longues années de psychanalyse et de longs séjours aux U.S.A., il s'est forgé une vraie personnalité; donneur de leçon et un rien de désinvolture.

                                                                                          Algérie 1962

andré

 

 

De Tim Parks ,

tim Parks

je sais tout de sa prostate. Son sens de l'humour est irrésistible.  Sauf que dans la même semaine, ma vessie est descendue d'un cran : fini de rire. Le gynéco m'a bien fait comprendre qu'à 78 ans, on n'opère pas ; tarif : 50 euros avec la bénédiction de la Sécu. Mon nouveau médecin référent facturée 23euros me reçoit avec le respect qu'on doit à autrui. Elle ne me prescrit pas d'ordonnance mais rédige une lettre à l'attention d'un urologue. Son contact est déjà une cure.


« Le calme retrouvé » ( en anglais « Teach us to sit still ») est son dernier livre; un texte truffé de références littéraires dans lesquels je retrouve mes écrivains préférés : Thomas Bernard, D.H. Lawrence, Le Moby Dick de Melville, Thomas Hardy. Il est terriblement intéressant, suscite curiosité et donne envie d'en savoir davantage. Lorsqu'il s'engage dans une pratique d'assise, concentrée sur la respiration, je le rejoins complètement.  La quatrième couverture de "Double Vie" que je lis actuellement résume   « Brillant portrait de la société actuelle ...explore les forces contradictoires régissant les rapports humains ». Tenter de détricoter le sens des comportements des uns et des autres vous engloutit dans l'anecdotique ce que Tim Parks a compris. Il s'initie au lâcher-prise. Une pratique d'assise avec silence du mental, certainement une discipline indispensable quand on lit "Double Vie" qui met en scène un personnage submergé par le flot de ses pensées, incapable de se concentrer sur aucune.   

 

Taras Boulba de Gogol. Le titre est bien connu, édité chez Folio classique ; en quatrième page de couverture, que des éloges « La réussite du récit......tient à ce que le souffle épique y côtoie …la truculence quasi rabelaisienne de la fête , des beuveries cosaques, mais aussi l'évocation poétique d'une Ukraine primitive... » Un détail du tableau d'Ilya Répine, « La lettre au Sultan » (2m53x3,58 – 1880) est reproduit sur la couverture de l'édition Folio Classique. Fasciné par les Cosaques zaporogues (4) Ilya Répine affirme « Tout ce que Gogol a écrit sur eux est vrai ! Un sacré peuple ! Personne dans le monde entier n'a ressenti aussi profondément la liberté, l'égalité et la fraternité » La lettre des Zaporogues au Sultant » truffée d'insanités et d'insultes déchaîne le rire; Le tableau de Ilya Répine serait une étude sur le rire.

Zaporologue

 

 Léon Poliakov (5) A propos du Tarass Boulba de Gogol note : « c'est avec l'Ukrainien Gogol que les juifs pour ainsi dire autochtones font leur entrée dans les lettres russes. Le Yankel de Tarass Boulba devient, en effet, le Juif archétypal de la littérature russe. Gogol le voulait lâche et répugnant à souhait... que lui et ses congénères soient noyés dans le Dniepr par les  Seigneurs cosaques est présenté dans le récit comme allant de soi ». Sans motif, on assiège des villes polonaises (en dépit d'un pacte de paix) , on pille, on détruit, on tue. Pour peu que ces vaillants guerriers s'ennuient, on massacre quelques juifs : homme, femmes et enfants. » Page 87 :  « Les juifs furent empoignés à bras-le-corps et on commença à les précipiter dans les flots. Des hurlements de détresse s'élevaient de toutes parts, les rudes Zaporogues ne faisaient qu'en rire.... « .Ce peuple, assoiffé de sang et de pouvoir suscite des enthousiasmes jusqu'à nos jours : en exemple un poème d' Apollinaire  dans son recueil "Alcools".  

Fraternité ce qui soudait les bourreaux des Einsatzgruppen.(6).  Les meurtres  se déroulaient dans une ambiance de franche gaieté, avec séances photos. 

einsatzgruppe

 

 Certains considèrent le rire comme une valeur absolue. Pierre Desproges (7) avait cette formule ambigüe : " Rire de tout,  oui, mais pas avec n'importe qui "  Une formule qui incite  à la réflexion.

. A une certaine époque, je n'avais pas  accès à la biographie des auteurs récents ou peu connus.  Par exemple, J'ignorai tout de   Benoist-Méchin qui a connu Proust malade,  dans ses dernières années vie  (8). Aujourd'hui, les écrivains s'expriment dans les journaux, sont invités à la télévison, font l'objet d'articles sur la toile, au fur et à mesure des éditions. Récemment Benoist-Méchin est revenu sur le devant de la scène grâce à une réédition de son travail d'historien auquel Sylvain Tesson (9) a contribué en rédigeant la préface; A cette occasion il se livre à une sorte de "réhabilitation" intellectuelle de Jacques Benoist-Méchin, qui avait été condamné à mort à la Libération, pour faits de collaboration (10) puis gracié. remettant  en question la stigmatisation subit par cet intellectuel germanophobe. 

Jacques Benoist-Méchin alaouitesoublié resurgit sur le haut de la pile de livres en attente de lecture. Il se révèle historien du Moyen-Orient, auteur de l "Histoire des Alaouites" , un clan qui s'est hissé au sommet du Pouvoir depuis 1970, avec pour Chef Bachar Al Assad. Ce livre est sur la pile de livres en attente de lecture.  

 

 

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« Unejournée particulière «  est le titre du film de Ettola Scola (1977) avec Sophia Loren et Marcello Mastroianni rediffusé sur ARTE le 25 mai.

  1. Lire sur mon blog « rite d'amour » diffusé 2/5/2010

  2. Marie Leszczynska - Polonaise, épouse de Louis XV

  3. Je n'ai pas en mémoire le nom de cet Enseignement. Par contre l'Enseignante de la 6ème était Mlle Chanut; de math Mme Malagam; français Mlle Soulty ; anglais Mlle Zeig.
  4. Les Cosaques zaporogues  vivant sur les bords du Dniepr inférieur, ont vaincu l'armée turque au cours d'une bataille. Le sultan de Turquie exige cependant d'eux qu'ils se soumettent. À cette requête, les Cosaques répondirent d'une manière peu habituelle si l'on considère leurs mœurs d'alors :
  5. Léon_Poliakov né le 25/11/1910 Saint-Pétersbourg ; décédé à Orsay le 8§12§1997) est un historien français ...

  6. (traduction littérale : « groupes d'intervention » ) qui massacrait dans le sillage de la wehrmacht

  7. Pierre Desproges (1939-1988)

  8. Lire mon texte sur le blog édité le 20/10/2010 "De Marcel Proust à Michel Houellbeck"
  9. mentioné dans "oblomov le bienheureux" texte édité sur mon blog le "9 juin 2014
  10. Source Internet

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26 mars 2015

L'insoutenable barbarie

 Le  27 janvier 2015,  soixante dixième anniversaire de la libération  du camp d’Auschwitz.  Marie Drucker, entourée de plusieurs journalistes, commente  l’événement à la télévision en direct toute  la journée. Prises de paroles se  succèdent jusqu’à tard dans la soirée. L’entrée du camp  est aménagé en un vaste hall, couvert d'un dôme en toile. Des spots éclairent le site d’une lueur bleutée :  une vision onirique .

Lors d'un voyage en Pologne, Il y a quelques années, le circuit  « le long de la Vistule » nous a conduit jusqu’à   Zakopane, situé  à quelques kilomètres d’Auschwitz. Je n’avais pas souhaité quitter le groupe pour faire le détour.  Presque tous les  Présidents de la Ve République française s'y sont rendus. On peut lire leurs impressions griffonnées sur un registre mis à leur disposition . L’écrivain Adrien Le Bihan qui en a fait éditer un recueil, préfacé par Pierre Vidal-Naquet

graffiti

(1) passe la plupart des signataires « au crible  de son analyse féroce et percutante. Charles de Gaulle,  échappe à ses  commentaires grinçants…."Le stylo à la main devant la page blanche,   le Général  est resté silencieux de longs instants avant de trouver les mots ». Finalement mécontent de son message. « Il signa et data, paraissant vieilli, et dépassé par tout ce qu’il venait de voir. ».

 Tourgueniev (2) exprima sa compassion lorsque des pogroms (3) de juifs éclatèrent en Russie.  Dans un courrier à un ami, il déclare » Le seul moyen d’arrêter ces atrocités serait  une parole forte prononcée par le tsar et que le peuple entendrait dans les églises… » . Udemi siècle plus tard, l’Histoire se répète sur une échelle mondiale  - pas de parole forte de la part des Alliés, ni même des Autorités religieuses.

 Patrick Modiano s’est soucié d’une jeune fille juive (4) victime des persécutions raciales orchestrées par le Maréchal Pétain. Dans l’ouvrage qu’il lui consacre, il livre ses interrogations et rend compte de ses démarches vis-à-vis des administrations. L'écrivain relève « la superposition de certains éléments de sa vie sur celle de Dora Bruder ».

dora bruder

 

En 2002, j'ai pu obtenir les fiches de la Préfecture de mon oncle Furcajg Moszek et sa famille  (5). 

mur des noms

arrêtée à leur adresse 14, rue Demarquay . Ma cousine, adolescente de 13 ans qui s'appelait Marie FURCAJG fréquentait l’Ecole  39, rue de l’Arqueduc. Mon oncle avait aussi une deuxième fille, mariée à Hermann Gordon , arrêtée avec son mari et son enfant de six mois.Paris_10e_Rue_de_l'Aqueduc_Rue_Demarquay_80 (1)

 Mon cousin Maurice Polar, qui avait oublié le patronyme d'une famille proche, n'avait pu avoir de réponse quant à leur sort lors de nos recherches en 2002. Il avait été témoin des arrestations qui ont débuté à  6 h du matin dans le passage des Fours-à-Chaux. Ses parents ont quitté le Passage  encadrés par la Police française, le 16 juillet 1942 en même temps que tous les juifs logés au 5 et 7. Serge Karlsfed qui répond encore ajourd'hui au téléphone pour apporter de l'aide m'a permis d'identifier les Kwiat.  Le Mémorial de la Schoah m'a informée de leur sort. Dans son édition du  27 mars 2015, "Le Monde des Livres" publie les bonnes feuilles des "Mémoires" de Beate et Serge Klarsfeld. "Serge né en 1935 est resté orphelin lorsque son père fut raflé sous ses yeux  à Nice"  pour un aller sans retour...En 1979, il a fondé l'Association des Fils et Filles des déportés juifs de France, dont l'énorme travail de recensement a permis aux familles d'identifier leurs chers disparus  parmi les milliers de personnes déportées, tels que les Kwiatt arrêtés à leur domicile 7 Passage dee Fours-à-chaux . A l'occasion de la sortie de leur livre "Mémoires", Serge et Beate Karsfeld furent invités jeudi 2 avril  par François Busnel  à l'émission "La Grande Librairie" 

Mendel KWIAT (1897) et son épouse Etla KWIAT (1898) déportés dans le convoi n°13 du 31 juillet 1942 à partir du camp de transit de Pithiviers (5)

 

13 7 août 1942 Camp de Pithiviers

1 049

H et F

146 enfants

   

 

Abram, leur fils, déporté dans le convoi n°4 du 25 juin 1942

 

4 25 juin 1942 Camp de Pithiviers

999

H et F

       

  

Sura (leur fille 1924 ) déportée dans le convoi N°16 du 7 août 1942   

16 7 août 1942 Camp de Pithiviers

1 069

H et F

298

enfants

    794
gazés à l'arrivée

 Renée née le 9 janvier 1939 est décédée le 5 septembre 1942 dans le camp d'internement de Drancy.

J’entendais souvent ma mère répéter  ‘Passage des Fours à Chaud » sans savoir que nous y avions habité quelques temps , alors qu'elle était seule, mon père s'étant engagé en 1940. Le Passage des Fours-à-Chaux a été rasé; il ne reste que la plaque.

                                                             Passage des Fours-à-Chaux

Passage_des_Fours-à-Chaux,_Paris,_1913

Par chance, au moment des arrestations de juillet 1942, nous habitions à Blanc-Mesnil en Seine et Oise. Mon père avait acheté un terrain et construit une baraque. La gendarmerie s'est présentée sur les lieux alors que nous venions de nous enfuir. Maurice Polar et sa maman avait réussi à passer entre les mailles du filet. Ils ont fait le trajet jusqu'à Blanc-Mesnil pour nous presser de fuir. Témoins de la rafle Passage des fours-à-Chaud, Dina Polar a su persuader mon père de partir le jour même et de ne laisser personne derrière lui. 

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  1. Pierre Pierre Vidal-Naquetdal-Naquet ( 1930_2006) . Son enfance est marquée par la déportation de ses parents à Auschwitz . Combat avec rigueur le négationnisme et les « Assassins de la mémoire ».

  2. Tourgueniev - Écrivain russe (1818-Bougival 1883)   - biographie d'Henri Troyat P.226 

  3. C'est dans l'Empire russe au XIXe siècle qu'il faut chercher l'origine de la diffusion de ce mot « pogrom ». Du fait même de l'occurrence de nombreux pogroms en Russie; le mot russe pour désigner ces actions est passé dans toutes les langues européennes

  4. Dora Bruder , édité chez Folio 3 février 2006 ; a fait l'objet d'une étude de Joëm Dubosclard chez "PROFIL"
  5. Cette liste est issue du Mémorial de la déportation des Juifs de France dressé par Serge et Beate Klarsfeld (1re édition 1978, 2e édition 2012)
  6. Sur le blog, lire les textes  20/09/2014 : "Un toit à l'abri des tempêtes "; 9/06/2010 "Un enfant dans la tourmente"; 06/06/2010 "Une visite qui s'est fait attendre"". 28/05/2010 "Un soldat de la Wehrmacht"09/05/2010 "Un père en question"26/08/2010 "Mon père l'antihéros""; 16/08/2010 "Plaque du sou venir". "Sauvetage d'une famille" 27 septembre 2014. Simon Wiesenthal 7mai 2010. 

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20 décembre 2014

Les patineuses du dimanche

La journée s’annonçait plutôt pluvieuse. Je n’espérais pas que vous feriez le déplacement jusqu’à Domont. Je t’avais fait miroiter un marché de Noël organisé par la commune  sur le parvis de l’Eglise; des poneys, une crèche avec mouton et bœuf,en vrai, dans un enclos sur lit de paille, et une patinoire pour les petits, installée devant la mairie, patins et casque fournis gratuitement !

  • Bof !Un marché de Noël ? Il y en a un magnifique  en bas de chez moi!

 Rien de comparable, J’me doute bien. Dans le quinzième , il y a des moyens.

 C’est ce que j’ai pensé.

 J’avais aussi vanté la marchande d’huitres venue exprès des Charentes. La même vendeuse que l’année dernière qui m’en avait ouvertes une douzaine et comment je m’étais régalée! En plus, sur l'affiche, on annonçait « Restauration », comme il y a deux ans. Une grande tente blanche avait été dressée à proximité pour permettre une pose-repas aux exposants, mais pas exclusivement,  puisque les visiteurs étaient les bienvenus pour 10 euros le menu, lasagne le samedi et hachis-parmentier le dimanche.Il y a deux ans, je m'étais régalée avec le menu hachis. Le flan je l’avais offert à une petite fille, devant un papa ravi . C’était il y a deux ans. Cette année c’est tout pareil.

 Je t’ai dit tout ça avec enthousiasme, mon fils, et pourtant je ne pensais pas vous voir. Je t’avais même un peu découragé . Non seulement les babioles exposées ne pouvaient pas vous intéresser ; concernant la patinoire, j’avais fait mon petit tour vendredi soir, à l’ouverture. Une foule de parents s’agglutinaient déjà devant le stand où se distribuaient patins et casques. Les longues files d'attente, vous n’aimez pas, je sais. Et puis avec Luna, sera-elle partante pour un tour de piste ? On ne peut pas savoir, elle n’a jamais fait de patinage.

 Pourtant , samedi, tu m’appelles pour te renseigner au sujet de la restauration. Je confirme les menus mais il faut réserver. On peu manger sur place sous la grande tente, il y a des tables et des chaises, ou emporter les repas à la maison. C’est bon, vous serez là vers midi.

 A l’heure dite, la petite troupe débarque dans mon séjour. Pas de sapin décoré mais une nappe aux couleurs de Noël, vert pour les guirlandes, rouge pour les lampions sur la table, les étagères et guéridon.   Ton épouse prend les choses en main,  si bien que les choses se déroulent dans le meilleur style. Rentrés à la maison avec les Tupperware bien garnis, distribution tant que c'est chaud , chacun sa part dans des assiettes en carton.

 Quand il est question de ressortir pour profiter de la fête sur la place de l'Eglise, tu prétends qu’il pleut. Je décide qu'il ne pleut pas. Ta chère épouse qui, je le sais par expérience, déteste la pluie, est pourtant de mon côté. En route pour la patinoire .

 La pluie a fait fuir beaucoup de candidats. Il n’y a pas d’attente. Tu équipes Luna, patins et casques et la voilà partie sous ta protection, sécurité oblige ; La cadette se voit laissée sur le bord. Cela ne se fera pas. Sa mère est désemparée devant ses pleurs,  mais un homme vient à son secours: même les enfants de deux ans peuvent patiner ; il s'en occupe lui-même et la voilà sur la glace comme les grands. Sa mère et moi  sommes aux anges.

 Il ne t'a pas été facile d'annoncer le moment de partir. J'étais déjà rentrée car cette fois-ci, il pleuvait vraiment. Il y a eu des déchirements. Des patinoires, même dans le quinzième, il n'y en a pas en bas de chez toi.

 Ce qu'il y a de sûr , c'est qu'il y aura encore un marché de noël à Domont(1) l'année prochaine et,  qui sait ? Peut-être aussi une patinoire, tout comme cette année. 

sur la glace elisa

6 décembre 2014

 

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 (1)  Lire sur le blog "Une ville, un destin", publié le 20/02/2014

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14 octobre 2014

ABDEL

* les phrases en caractères gras sont d'Abdel

Il passe souvent dans le quartier. Ce jour-là, il est assis sur un muret en face de l’église. Je m’approche.Nous entamons une conversation sur ce qui nous vient à l’esprit : la religion. Il me croit catholique m’ayant vue entrer fréquemment dans l’Eglise (1) . Je le détrompe : - je suis juive. Il est surpris.- Juive, mais pas croyante. - Non ! Pas croyante ? alors pas juive !

 Abdel, lui, est Algérien; il a 45ans. - chiite, sunnite ? - Sunnite, vu que chez moi, nous sommes sunnites depuis des générations. Sa famille est restée au pays ; il vit seul en France. Je mentionne les symboles de „l’écorce et du noyau“ (2) l'écorce symbolise la pratique de la religion sunnite, une application stricte des dogmes, alors que les  chiites viseraient le noyau, l'essence même des croyances jusqu'au  mysticisme. Nous évoquons les « derviches tourneurs » .

  - Avez-vous entendu parler de la mémoire de l’eau ? - - La « mémoire de l’eau » ? oui, j’en ai entendu parler dans les années soixante dix. – Ah oui ? Alors qu’est-ce que c’est ?– Une expérience aurait prouvé qu’après avoir expurgé un verre d’eau d’une substance qu’on y aurait plongée au préalable, cette eau garderait les propriétés chimiques de ladite substance…

  • Ah ? Moi j’ai une autre explication. Passez-moi un papier. Il me montre ce qu'il a écrit  : Masaro Emoto. Je ne connais pas. Il sort sa tablette  et me donne à voir un site qui reproduit une série de cristaux correspondant à la théorie de la  Mémoire de l’eau selon Masaro Emoto : l’eau s'imprègnerait de la qualité émotionnelle de son environnement ; on peut en juger par l’apparence des cristaux obtenus après congélation.

  • Vous n’êtes pas bouleversée par cette révélation. Il constate que je ne le suis pas. – Moi ? je l’ai été. – La conversation se poursuit, j'ai d'autres arguments : - Sans être croyante j’observe l’influence des vibrations, bonnes ou mauvaises, sur mon corps physique et émotionnel. De la même manière je crois que les murs s’imprègnent des vibrations. D’ailleurs, j’affirme que les lieux où sont bâties les Eglises ne sont pas choisies par hasard mais par rapport aux ondes telluriques qui parcourent le sous-sol… Même non-croyante, je crois à la Providence, aux coïncidences heureuses, au hasard, la chance quoi! Son visage est sans expression.

  • Je suis surprise par l’exceptionnelle faculté d’écoute d’Abdel. En même temps , il a l’art d’expliquer posément son point de vue, tout en sollicitant mon avis. Plus tard, je comprends  qu’il s’agit d’une tactique. Il me met en confiance pour , dans un deuxième temps, faire éclater l'infaillibilité de ses assertions et la supériorité sur les miennes.

 Abdel a été bouleversé par la découverte des cristaux.

cristaux

 D'autres révélations ont renforcé sa foi en la doctrine coranique ; que le corps humain est essentiellement composée d’eau, l'organisation des abeilles, des fourmis, aussi la certitude d'une vie après la mort : une évidence combien essentielle pour lui ! Il s'étend longuement sur chaque sujet. Mon attention doit être sans faille ;  je m'y efforce.

 Abdel partage sa foi avec des intellectuels musulmans modérés. M. Abderrazak Memmiche  en est un exemple; sur son site, il expose une série de cristaux provenant d'une eau mise en présence de sourates avant congélation.

Je rencontre Abdel quelques jours plus tard. Il marche à pas rapides. – Je me promène ; je vais jusqu’à l’étang. Je lui emboîte le pas.

Nous nous asseyons. Il parle, il questionne, il écoute. Il veut savoir des choses sur Daniel, le Prophète de l'Ancien Testament. Je ne sais pas grand chose, sauf le festin de Balthasar (3) .

Dans le livre de Daniel, le Prophète, sur la demande de l'Empereur Nabukodonosor, interprète dans le détail un de ses songes. L'Empereur a vu en rêve un immense colosse constitué de plusieurs matières. (chapitre 2 : versets 31 à 45)- Le colosse se désintégrera morceau par morceau jusqu'à ce que les pieds en partie de fer et en partie d’argile seront détruits par une pierre tombée du ciel. »

Les différentes parties de la statue représenteraient la succession de cinq royaumes à partir de l'empire babylonien, l’empire Perse, l’empire grec, l’empire romain, ce que des historiens confirment .

Le dernier Royaume annoncé par Daniel est le monde musulman, ce qu'affirme l'Islam. La pierre qui se détache d'une montagne « sans l'intermédiaire d'aucune main » , prouve que le destin des Empires est voulu par Allah.

  Lorsque je le revois quelques jours plus tard dans le parc de la Mairie, Abdel est passé à autre chose. Il me donne à écouter une prêche devant un parterre en costume cravate, très attentif. Le conférencier arabe en tenue traditionelle, est admirablement traduit dans un français impeccable. Il commente le dogme chrétien du «  père, du fils et du Saint-esprit ». Abdel saute d'une séquence à l'autre. Il m'a planté un écouteur dans l'oreille gauche, il a gardé l'autre dans son oreille droite.   Les phrases coulent dans mon crane sans que j'en comprenne le sens. Abdel est enthousiaste. Nous sommes assis côte à côte, quasiment tête contre tête. Il me parle sans pudeur et sans honte comme à une vieille amie de longue date. : « Je pleure tant me bouleverse la certitude que je suis dans la vraie religion, en communion avec Allah.  Je pleure, je vous assure!  je pleure. Il tourne vers moi un visage transfiguré.

Abdel a des scrupules. Il craint d'être présomptueux, aussi il s'excuse constamment. En premier lieu, des mots de pardon vers Allah; vis-àvis de moi aussi. - pardonnez-moi si je vous ai fait offensée.

 Non! il n'a pas eu de mots qui aient pu me fâcher. Cependant, A l'issue de ces quelques entretiens, je vois qu'il est déçu de moi ; je suis une anomalie, une personne qui vit dans l'erreur et l'ignorance des vraies valeurs, une « coquille vide ».

 Sur la couverture du « Courrier international » DU 2/8 octobre 2014, on lit : « Athées – leur chemin de croix » - Vivre sans religion devient de plus en plus difficile. Témoignages de la presse étrangère. Page 37, sous le titre « Quel mécréant êtes-vous «  Le journal propose plusieurs cases avec des définitions approximatives. La case "agnostique" y figure. Je dis  à Abdel : - je suis agnostique, histoire de dire que je suis quelque chose; Il me regarde incrédule. Comment est-ce possible?

Visionner les sites islamiques est son passe-temps favori.  Il a ainsi  acquis une large culture coranique. Les paroles du Coran ont été dictées par Dieu  - dit-il ,tandis que la Bible est falsifiée et manipulée. Pour ma part, ne me retrouvant dans aucune case, je n'ai rien à défendre, je n'ai pas à argumenter davantage.

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  1. Lire sur le blog  « un prêtre très zélé » posté le 9/11/13 (supprimé)

  2. L'écorce et le noyau » posté le 13/12/12

  3. Lire sur le blog « Paysage aux trois arbres » posté le 30/11/11

 

 

 

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23 septembre 2014

Sauvetage d'une famille

INTRODUCTION

Ilan Braun qui a créé l’Association « Mémoire Yzkor Morbihan » a travaillé pendant trois années pour réaliser un ouvrage d’environ 150 pages : « A la croisée des destins : les Juifs du Morbihan – Années 1939/1944 ». Ilan Braun précise lui-même que cette reconstitution n’est pas le fait d’un historien professionnel mais celui d’un amateur ayant quelques notions de journalisme1. Le travail de recherche d’Ilan Braun tente de reconstituer une partie de l’histoire, jusqu’à présent fort mal connue, des Juifs dans le Morbihan, durant les sombres années de l’Occupation nazie.
Monsieur BRAUN a eu la gentillesse de me communiquer le texte de son ouvrage avant sa parution en librairie. Voici un extrait que je destine aux jeunes générations de cette famille Furcajg, ma famille, qui raconte l’histoire remarquable et exceptionnelle vécue par mes parents, frères et sœurs, pendant les années 1942/1944. L’occasion m’est ainsi donnée d’exprimer ma profonde reconnaissance à mon père et à ma mère pour leur sang-froid et leur courage d’âme, grâce auxquels nous avons pu traverser ces terribles années sous le même toit, sans incidents fâcheux, jusqu’à la fin de la guerre. L’occasion m’est également donnée de porter un hommage aux villageois de Cosquéric qui nous ont adoptés sans réserve et avec qui nous avons partagé les travaux agricoles, le dénuement et les privations dans ce climat de gaieté, naturelle aux gens simples.


Marie FURCAJG
1er décembre 2002


 

 

 

 



Comme beaucoup d’autres Juifs polonais qui ont voulu fuir la misère et les discriminations raciales régnant dans leur pays, les Furcajg débarquent dans les années 1920 en France, ce pays de cocagne où fleurit la liberté. Szyja Furcajg, fils d’un rabbin de la ville de Czyste, et Szajnla Bojman, son épouse, s’installent à Aubervilliers, dans la région parisienne, puis plus tard dans un quartier de Blanc-Mesnil, où existait déjà une forte colonie polonaise. La plupart de ces derniers sont chrétiens et la cohabitation sera plutôt houleuse et les distances bien gardées, de part et d’autre.

Cinq enfants vont leur naître entre 1930 et 1940 : Hélène, Marcel, Marie, Juliette et André. Leur père est ouvrier dans un atelier de montage de vélos puis brocanteur. Grâce à la nouvelle loi Loucheur, qui permet aux bourses modestes d’acquérir un terrain à tempérament, celui-ci aménage une maison avec des matériaux de construction récupérés. Hélène, une des filles, retrouvée récemment, alors âgée de 9 ans, se rappelle de ses sorties avec son père, dans une carriole tirée par un cheval. Une vie bien modeste, mais libre, à l’abri de l’hostilité qu’ils avaient connue auparavant en Pologne, mais la déclaration de guerre en 1939 va bouleverser cette relative quiétude. M. Furcajg s’engage alors dans l’armée française (oublie-t-on qu’ils furent innombrables, ces étrangers si souvent méprisés des « vrais Français », à rejoindre les rangs de l’armée ?) laissant derrière lui son épouse avec ses quatre enfants. Période pénible, où l’incertitude et l’angoisse règneront.

Extrayons des passages du journal d’Hélène qui donnent des détails sur cet épisode « Il est parti et nous vivons dans cette maison sans cloisons, sans carreaux aux fenêtres. Les WC sont au fond du jardin. Nous allons chercher l’eau dans de grands bidons à lait que nous transportons dans un vieux landau.. Nous avons de ses nouvelles : il est à l’arrière, il s’occupe de chevaux, comme dans son enfance.. Donc il est bien. Lorsqu’il est venu 12 jours en permission à Noël 1939, il a mis quelques carreaux et quelques cartons aux fenêtres. Il a travaillé et gagné un peu d’argent et nous en a laissé en partant.. Un matin, je suis réveillée par le craquement des pas de ma mère sur la neige verglacée. C’est l’hiver 39-40 qui fait son apparition. Tous les matins, l’eau est gelée dans les bidons et le café dans la cafetière (..)
Jusque là, pour arrondir ses 21 francs par jour d’allocation militaire, ma mère revendait de temps en temps un peu de plomb, un peu de cuivre ou du zinc. Mais c’est fini, les stocks sont épuisés ! Les premières bombes allemandes tombent (nda : leur habitation se trouve à peu de distance de l’aérodrome du Bourget, ce qui en fait un site stratégique, attirant les bombardiers allemands) et laissent derrière elles beaucoup de maisons incendiées ; Nous étions rassurés à l’idée que la nôtre était en dur. Puis on nous a sommés de faire une tranchée. Dans le jardin, à trois mètres de la maison, nous avons creusé, Marcel et moi, une galerie qui ressemblait à celles que l’on voyait sur les photos de la guerre 14-18.. Mais nous n’y sommes jamais allés. Souvent les sifflements des bombes ou des éclats d’obus arrivaient en même temps que la sirène. Nous n’avions pas le temps de sortir de la maison.. Un jour, juste à midi alors que nous nous apprêtions à manger, la sirène a retentit. Saisissant l’immense marmite, nous nous sommes réfugiés sous la table, placée juste sous la fenêtre. Soudain, une énorme déflagration ouvre la fenêtre brutalement et nous sommes dessous avec notre marmite. Nous avons eu si peur que de ce jour, nous allions chez le voisin pour ne plus être seuls !
Un mercredi soir, vers 23 heures, une alerte retentit et les gens décident de s’éloigner vers l’arrière pour s’enfoncer dans la campagne en direction des fermes. Nous partons mais soudain je réalise que nous n’avons pas pris la petite sacoche contenant tous nos papiers. Pour un étranger, c’est son bien le plus précieux ! Je reviens sur mes pas, tremblante et affolée, éclairée par les bombes incendiaires et les fusées comme par des éclairs d’orage. En tâtonnant, je trouve ce que je cherchais et me hâte pour rejoindre ma mère et les enfants mais nous sommes seuls car les gens avaient continué leur chemin pour aller je ne sais où ? Et dans la solitude de la nuit, je n’avais plus la force d’aller plus loin. Nous nous sommes assis par terre, le regard tourné vers le Bourget. Tout doucement la fureur s’est calmée, tous les flash lumineux ont pâlis et se sont éteints.. Nous avons attendu encore un peu pour être sûrs que c’était bien fini. Puis en nous traînant lamentablement, les plus petits s’étant endormis, nous avons pris le chemin du retour, avec cette question à l’esprit : avions-nous encore une maison ? » Il y avait de quoi s’inquiéter puisqu’une maison proche de la leur fut détruite et son occupant tué.

La débâcle est proche et beaucoup d’habitants de la région partent se mettre à l’abri. Les enfants des écoles sont évacués tandis que la plupart des commerçants baissent leurs rideaux. Madame Furcajg refuse de suivre ce mouvement de panique, pensant que « là-bas » ça ne pouvait être que pire. Elle n’avait pas tout à fait tort puisque nombre de réfugiés se feront mitraillés sur les routes par les avions allemands. C’est ainsi qu’en pleine guerre, le mercredi 16 mars 1940, elle mettra au monde, sans assistance médicale, un garçon, André.

La vie devient bien difficile et la famille ne reçoit toujours pas de nouvelles du père, parti, Dieu sait où ? Enfin le 6 août 1940, ce dernier réapparaît, fraîchement démobilisé. Hélène nous apprend qu’au moment de la débâcle, le régiment de son père (le 12° Régiment d’Infanterie) était cantonné à Bourgoin, (Isère ?) et que ce dernier avait vu de loin les mouvements de l’armée française, talonnée de près par les Allemands. Un de ses camarades lui avait alors dit qu’il fallait absolument trouver des vêtements civils pour ne pas être faits prisonniers. Surpris en train de jeter leurs uniformes aux orties, les nouveaux civils se virent offrir par un certain personnage un travail dans un domaine tout proche. Et de se retrouver tous deux, à fendre du bois ou à s’occuper de chevaux. Emploi qui leur permit d’attendre tranquillement la démobilisation.

L’illusion de croire que la vie va reprendre normalement son cours sera de courte durée. Les mesures anti-juives s’intensifient. Le recensement des Juifs est imposé et un jour M. Furcajg est convoqué à la Mairie de Versailles. Il en reviendra avec des papiers, bien en règle, et sans tampon juif. Dans la famille, personne n’a jamais su comment un tel miracle avait pu se produire ! Mais cela n’empêche pas les rafles qui deviennent de plus en plus fréquentes. Des rumeurs inquiétantes circulent dans la communauté juive : des évènements atroces se dérouleraient journellement à Paris et ailleurs mais peut-on y croire vraiment ? En France, ce pays de liberté, impossible ! Et pourtant..

Extraits du journal d’Hélène : « Printemps 1942. On nous remet trois étoiles jaunes à coudre sur nos vêtements, de manière à ce que soit visible. Je l’ai portée trois mois. Marcel ne pouvait pas ! Il a essayé d’aller au catéchisme. Le prêtre disait aux enfants que c’étaient les Juifs qui avaient tué Jésus. Alors.. »

Le 17 juillet 1942, tôt le matin, la police française bloque le Passage Four-à-Chaux à Paris, dans le 19° arrondissement, où résident plusieurs familles juives et commencent à procéder à leur arrestation. Dans la bousculade qui s’ensuit, la gardienne de l’immeuble où résident Madame Dina Polar et son fils Maurice, vient les avertir du danger qui les menace. Madame Polar, tenant son fils par la main, sort dans la rue et passe devant des policiers qui ne bronchent pas. Cette dernière, heureusement, ne portait pas l’étoile jaune ! Elle se décide alors de se rendre à Blanc-Mesnil où se trouvent des cousins, Szyja et Bojman Furcajg et leurs cinq enfants. Quelques heures auparavant, une autre parente, Charlotte Chaftchet, était déjà venue prévenir la famille Furcajg (1) que des rafles de Juifs étaient en cours à Paris et qu’il était urgent de fuir car elle l’avait vu de ses propres yeux, cette fois ce n’était plus des hommes, célibataires ou mariés sans enfants, qui étaient emmenés mais tout le monde, femmes enceintes, vieillards, malades. Oui, tout le monde, sans distinction...

La suite nous est relatée par les témoins directs de ce drame. Marie se souvient « Ce jour-là que j’appelle « la journée des baluchons ou des « schmattes » (en yiddish : chiffons, vêtements ou péjorativement : loques) parce que ceux-ci volaient un peu partout dans la chambre, mon père voulait partir seul car il pensait que les Allemands n’arrêtaient que les hommes ! Cela était d’ailleurs faux puisque ma tante et sa fille ont été déportées le 19 juillet ! Ma mère n’était pas d’accord et des disputes s’en suivirent. Dina Polar, elle, ne s’est pas découragée et a su convaincre mon père, et pour cause, car elle avait vu comment on emmenait les femmes et les enfants au Passage du Four à Chaux qu’elle venait tout juste de quitter (parmi ces derniers, sa sœur, des neveux et nièces). A 5 heures de l’après-midi, mon père cède enfin, fait fermer les baluchons et tout le monde de remonter la rue des Champs où nous habitions, pour une destination inconnue.
Entre temps, mon père a prévenu Madame Lacour, une voisine qui habitait en face de chez nous et en qui il avait confiance, que nous partions pour la Bretagne, sans préciser d’avantage, puisque qu’il ne le savait pas lui-même ! Cette femme, qui n’était pas particulièrement sympathique envers nous, aurait assisté à la descente de police, soi-disant le lendemain même de notre départ ?
Les policiers lui auraient alors demandée où nous étions passés et aurait répondu « Cherchez bien, avec cinq enfants, ils n’ont pas pu aller bien loin ! ». C’est ce que j’ai toujours entendu après coup. Je me souviens aussi qu’il y avait une autre famille, les Saguet, d’origine bretonne, avec qui nous avions de bons rapports.. Comment, nous voyant déguerpir dans le plus grand désordre et au grand jour, se fait-il que personne n’ai signalé notre fuite aux autorités ? D’autant plus que notre quartier était peuplé de Polonais, assez endoctrinés, pour faire la différence entre un Juif et un non Juif ? Je ne sais pas quelle information mon père avait en poche mais nous sommes allés à la gare Montparnasse, ce qui était déjà un périple risqué puisque nous étions neuf personne (les Polar compris), chargées de baluchons, ce qui ne pouvait qu’attirer l’attention. La Bretagne, nous n’en avions jamais entendu parlé.. La zone occupée de l’Ouest, ma mère n’avait rien contre car sa logique était « n’allons pas où tout le monde va ! », c’est à dire en zone libre. Sans panique et sans bousculade excessives, les gens sont montés dans le train. Séparés de nos parents, des personnes nous ont fait passer, à bout de bras, au-dessus de leurs têtes, pour les rejoindre ! La police, plus tard, faisait des contrôles d’identité mais heureusement les papiers de mon père ne portaient pas la mention « JUIF » et nous n’avons pas été inquiétés. Nous sommes descendus à Quimperlé puis repartis pour Le Faouët, dans le Morbihan ».

Juliette, qui habite aujourd’hui aux Etats-Unis, raconte « Nous avons attendu toute la journée sur la place du Marché, sans savoir où aller. Le maire est venu et mon père lui a expliqué la situation. Il nous a trouvé un logement dans un petit village, non loin de là, qui s’appelle Le Cosquéric. Cela consistait en cinq maisons à peu près. On a mis à notre disposition une pièce au sol en terre battue et nous étions extrêmement reconnaissants » Pour cette famille, une nouvelle vie commençait. M. Furcajg trouve rapidement un emploi à Lorient auprès de l’organisation allemande « Todt ». Peut-on s’imaginer le paradoxe, un Juif polonais venir littéralement dans la gueule du loup nazi pour y travailler, et réussir à survivre ! C’est ce qui s’est pourtant passé et a perduré jusqu’à l’arrivée des Américains. Bricoleur, débrouillard, et habitué à faire face aux évènements, Szyja qui était auparavant ferrailleur dans la région parisienne, devient tapissier, ou plutôt le redevient, puisqu’il avait exercé cette profession en Pologne dès l’âge de 12 ans. D’après Marie, sa fille, ses patrons allemands se doutaient qu’il était juif comme l’indiquerait cette anecdote racontée par Szyja lui-même. Un jour, pris la main dans le sac au cours d’un larcin (des toiles de tapissier glissées dans son pantalon « accidentellement ») le contremaître lui avait dit « Il n’y a qu’un Juif pour faire ça ! » et d’ajouter qu’il ne devait pas recommencer. Mansuétude surprenante !

Nda : six membres de la famille Furcajg furent arrêtés puis déportés : leur oncle et tante, Moszek Furcajg et Huda, née Polar, et leurs deux enfants, Marie, 14 ans et Jeti, 20 ans, épouse de Hermann Gordon, lui aussi arrêté ainsi que leur fille, Michèle, âgée de 6 mois. Aucun n’est revenu d’Auschwitz.


L’organisation Todt. Un monde à part

Quelques informations sur cette organisation permettront de mieux cerner certains problèmes de l’époque qui, aujourd’hui, pourraient sembler incompréhensibles. C’est l’ingénieur allemand Fritz Todt, membre du parti nazi depuis 1922, qui va donner son nom à une énorme et puissante organisation destinée au départ à la construction des premiers autoroutes du Reich mais ce n’est qu’en 1938 que cet organisme prendra son essor avec la réalisation du « Westwall », la fameuse « Ligne Siegfried », l’équivalent de notre Ligne Maginot, lignes toutes deux d’ailleurs aussi inutiles, et dépassées par les stratégies de la guerre moderne. La priorité sera donnée aux travaux de fortification militaire dès 1940 aux dépens des travaux de type civil.

En 1941, le commandement allemand décide de construire une base sous-marine près de Lorient (la plus importante de la côte atlantique) qui s’intégrera dans un vaste dispositif de fortifications plus connu sous le nom de Mur de l’Atlantique ou « Atlantikwall ». D’autre part deux aérodromes militaires seront construits : à Lann Bihoué, à côté de Lorient et à Meucon (où sera basée une escadrille d’élite redoutable, le Kampfgeschwader 100, spécialisée dans l’allumage d’incendies servant de repères visuels aux bombardiers qui lui succèdent).
Pour réaliser ce gigantesque plan, l’Organisation Todt va devoir recruter un nombre élevé d’ouvriers, spécialistes ou simples manoeuvres. Les statistiques officielles indiquent entre 15 000 et 28 500 personnes dont plus de la moitié d’origine étrangère. Outre les Allemands qui représentent environ 15% de l’effectif total, on trouve des Espagnols, principalement des réfugiés de la guerre civile qui sont arrivés dans le Morbihan dès 1939 (on notera à ce sujet que dès cette époque, l’administration française ordonnera l’apposition sur les récépissés de leurs cartes d’identité, les mentions « Réfugiés espagnols » en gros caractères à l’encre rouge ; ce qui ne manque pas d’évoquer pour certains de très mauvais souvenirs) Hollandais, Belges, Luxembourgeois, Tchécoslovaques, Italiens, Portugais, Roumains, etc. sans parler des ressortissants de colonies françaises : nord-africains, indochinois, etc. Cette population ne s’intégrera pas vraiment dans la société morbihannaise puisque la plus grande partie sera volontairement cantonnée dans des camps spécialement organisés à cet effet, surtout dans la région de Lorient, Ploemeur ou Hennebont. Celui du camp « Franco », à Hennebont, sert également à trier les nouveaux ouvriers et à les répartir dans la région selon les besoins de la Todt. Il servira également de lieu de détention pour les réfractaires au STO (Service du Travail Obligatoire).
Parmi les nombreux paradoxes de cette situation, on apprend que la Todt, soucieuse de garder ses ouvriers, créera de vastes abris bétonnés destinés à les protéger des bombardements alliés qui vont s’intensifier au cours des années tandis que la population civile locale, elle, doit se contenter le plus souvent des simples caves disponibles sur place. Les bouleversements socio-économiques provoqués par l’installation de la Todt sont d’une ampleur incroyable comme le marché noir de denrées alimentaires à grande échelle et les salaires très élevés (avec une prime d’indemnité de séparation et une, dite de « bombardement ») Ceux-ci, attirant bien naturellement les ouvriers de la région et bien au-delà, perturbent fortement le marché du travail local.

Les entreprises morbihannaises qui ne travaillent pas pour les Allemands, déjà lésées par la situation de pénurie, ne trouvent plus de personnel ou très difficilement et certaines d’entre elles disparaîtront purement et simplement Il en sera de même pour l’administration qui s’en plaint. Un curé de la région constate avec effroi que les naissances illégitimes sont de plus en plus nombreuses et que la prostitution devient courante. Comme nous l’a déclaré un témoin de l’époque, les Morbihannais n’avaient guère le choix : travailler pour les Allemands ou « crever de faim » ! D’ailleurs ces travailleurs susciteront beaucoup de jalousies et de polémiques, non seulement durant l’Occupation, mais aussi au lendemain de la Libération. Certains seront même accusés de collaboration avec l’ennemi.

***

M. Furcajg revient à la maison à bicyclette assez irrégulièrement. La famille est acceptée, sans problèmes, par les villageois, et connue comme « les Polonais » ou «les Parisiens ». Ils n’ont probablement aucune idée de leur origine juive. D’ailleurs, le saurait-il, qu’ils ne réagiraient guère autrement ! L’antisémitisme qui contamine de larges couches de la population française, ne peut guère opérer efficacement dans les campagnes reculées car les messages de haine raciale n’étaient diffusés qu’à travers la presse écrite. Les journaux ne touchaient pas l’ensemble de la population et la radio étant inaccessible pour la plupart des ruraux, pour des raisons économiques (au contraire de l’Allemagne où les Nazis, misant sur cet efficace moyen de propagande, en avaient distribuées massivement, à un prix dérisoire). Dans le Morbihan, les Juifs, dans le pire des cas, sont considérés comme de simples « étrangers » et la guerre en a déjà tant amené !

Ils entretiennent d’excellents rapports avec leur voisine, une veuve, Madame Perrin, qui ne manque pas de les inviter souvent pour la veillée, tradition paysanne bien ancrée où tout le monde se réunit le soir et discute à la lumière chiche d’une lampe à pétrole ou de bougies ou encore, le plus souvent, à celle du feu dans l’âtre ; la fée électricité n’ayant pas encore touché de sa baguette magique la quasi-totalité des campagnes du Morbihan. Pour les enfants une certaine routine s’est installée, non sans agréments. Ils vont à l’école où ils sont parfaitement intégrés, partageant les jeux de leurs petits camarades. Rentrés à la maison, c’est alors l’exploration passionnante de la campagne environnante.

Marie, âgée à l’époque de 6 ans, se remémore quelques détails « Ma vie à Cosquéric entre 42 et 44, était celle d’une gamine qui n’avait peur de rien et qui, par chance, n’avait eu à affronter aucun danger réel. J’étais une enfant cachée qui ne se cachait pas et j’avais deux frères et deux sœurs qui ne se cachaient pas non plus ! Nous disposions d’un espace sans limites. Le lieu-dit comprenait quelques masures autour d’une cour commune, pas de clôtures, pas de barrières.. Deux ans, les pieds nus dans des sabots et vêtue de hardes, à vagabonder dans la lande. Pas d’eau courante, pas de sanitaire, pas d’électricité. Des fermes, des champs, la lande à perte de vue et un sentier menant au Faouët. Le paradis ! La petite école à quelques deux kilomètres de là, nous a reçus et nous a enseignés ce que tous les petits Bretons recevaient de l’école primaire. Ma sœur Hélène, l’aînée, y a passé à 13 ans le certificat d’études tandis que nous, les plus jeunes, apprenions les rudiments de lecture, d’écriture et de calcul..

Nous vivions dans une grande insouciance car personne ne nous mettait en garde : la guerre faisait autour de nous de nombreuses victimes et nous ne le savions pas. Pourtant cela se passait tout prés à quelques kilomètres d’ici… Mon frère Marcel m’a raconté que les paysans du coin avaient été sidérés de le voir manier avec dextérité la fourche pour déblayer, tout seul, un tas de fumier et il n’avait que 9 ans ! Parfois, il y avait des soirées « clandestines Je me souviens d’une soirée dans une grange au toit détruit où une séance de cinéma était organisée. Un film très triste : lequel ? »

Hélène, un peu plus âgée, a d’autres souvenirs qu’elle nous livre dans son journal écrit plus de 60 ans plus tard « Nous allons chercher l’eau au puits. Les gens d’ici nous prennent en sympathie « Des réfugiés parisiens, avec tous ces bombardements et puis on crève de faim à Paris ! » Le fait est qu’ici, lorsqu’on n’a plus de tickets, il y a toujours du pain de seigle qui est délicieux. Dès notre arrivée, Marcel et moi, nous nous proposons pour aider aux travaux des champs et des bêtes. Garder les vaches, les moutons, s’occuper de la basse-cour, biner les betteraves, arracher les pommes de terre. Les gens du village s’étonnent que nous sachions ce que c’est qu’un poussin. Le premier travail était de retourner les foins. Quelle odeur ! puis les récoltes de blé ou du seigle. Une grappe humaine suivait la batteuse d’une ferme à l’autre. Cela pouvait nous mener très loin de chez nous. Chacun travaillait selon ses capacités et chacun était utile.

C’était la fête, on chantait en français ou en breton, j’ai appris un peu de breton et on riait beaucoup ! En septembre, c’est la cueillette des pommes pour faire le cidre. Le tombereau plein à ras bord, assis les jambes pendantes, nous faisions la route en chantant. Je suis allée à l’école St-Jean, une grande bâtisse moderne, carrée, isolée au milieu de la campagne, à deux kilomètres de chez nous. Je suis reçue directement dans la salle où le maître, M. Mallardé, est en train de faire la classe. Il y a deux rangées : d’un côté les cours moyens de première année et de l’autre, ceux de deuxième année. Son épouse avait le même travail dans la classe voisine avec les plus petits et une fois par semaine, nous les filles, allions la rejoindre pour l’enseignement ménager ».

Son intégration se fait lentement mais sûrement. En dehors de l’école, la petite Hélène va vagabonder dans les environs. Il y a tant de choses à découvrir ! Un autre monde, fait de rencontres et de savoirs nouveaux. « Je fais mes devoirs en rentrant à la maison, sur les rochers ronds qui sortent de terre. Quand il pleut, je me réfugie dans une grange. Sur les talus, je trouve des girolles et des cèpes en automne. Au printemps, je cours après les papillons et en été, j’évite les vipères en tapant dans les herbes avec mon bâton. Au bout de six mois, je suis devenue la première de la classe. Antoinette ne m’en veut pas : je suis son « œuvre » !

Les « Parisiens » sont bien acceptés par les villageois qui ne leur posent pas de questions indiscrètes, car ils voient en eux des gens simples et modestes. On les invite souvent aux fêtes locales. Les Furcajg participent ainsi aux réjouissances de la Saint-Jean et Hélène se remémore l’événement « J’ai vu une seule fois un curé au village. C’était le jour de la Saint-Jean. On avait allumé un grand feu et les gens devaient sauter par dessus mais auparavant il avait organisé une grande ronde. Les gens se donnaient la main et il les obligeait à s’agenouiller. Tout le monde ne s’y prêtait pas avec la même complaisance ! Sur la route que nous appelions « nationale », il y avait, pas très loin, un café avec une grande salle pour les banquets. Il y avait souvent des mariages. Cela faisait dans les deux cents personnes et ça durait deux ou trois jours et tout le monde y était convié. Mon père m’y emmenait parfois ou alors j’y allais toute seule » (1)

les réjouissances populaires comme les bals étaient alors strictement interdites et la maréchaussée effectuait régulièrement des descentes, saisissant à l’occasion tous les instruments de musique et distribuant généreusement des amendes. On ne badinait pas avec la « morosité d’Etat » obligatoire, une forme de repentance à l’échelle de la nation entière ou d’expiation d’un péché collectif, celui de la défaite de 1940 La guerre est présente mais ses échos parviennent considérablement atténués à ce petit village perdu. Marie nous confie aujourd’hui « au milieu de la tourmente, nous vivions à l’école comme si de rien n’était, sans être jamais troublés, nous les enfants, par quoi que ce soit ! ». Privilège des enfants qui ne peuvent saisir la gravité des évènements en cours. Pourtant le danger était présent partout ! Au Faouët, proche, on pouvait rencontrer des sympathisants du Parti National Breton dont les idées n’étaient guère favorables aux étrangers, et encore moins aux Juifs, mais aussi des patriotes courageux, comme ceux qui, lors du 14 juillet 41, hissent un drapeau tricolore au sommet du mât que les Allemands ont dressé pour recevoir celui du Reich. Les rafles pour trouver des « volontaires » pour le travail obligatoire s’intensifient, semant un courant de panique chez les plus jeunes, d’où de fréquents départs pour les maquis, qui voient ainsi leurs effectifs se renforcer considérablement. Résistance qui devient de plus en plus active : sabotages de lignes téléphoniques et électriques, etc. et qui provoque la fureur de l’occupant nazi. L’historien Roger Leroux écrit « Une cour martiale créée au Faouët, au cœur d’une région où les maquis manifestent une particulière activité, statuera à partir du 21 juin 44 sur le sort de la plupart des résistants capturés dans le nord-ouest du département. Du 23 juin au 2 août, elle va condamner à mort plus de soixante patriotes et en envoyer une vingtaine d’autres en déportation.. » Les Nazis n’hésitent pas à exécuter de simples civils comme ces seize réfractaires au STO, français et belges.


Durant tout leur séjour qui durera près de deux longues années, les Furcajg ne verront jamais d’Allemands ou presque, puisqu’un beau jour, les enfants se précipitent en criant « Vite, cachons-nous, un Allemand arrive ! « On peut aisément imaginer le sentiment de panique qui a dû habiter Madame Furcajg ! Elle seule, savait ce que pouvait représenter
cette présence dans le hameau. Mais ce n’était qu’un militaire en goguette, reparti tout aussi vite qu’il était apparu ! Le temps passe dans une quasi-quiétude, tempérée par la crainte qui surgit lorsque le père tarde à revenir de son travail car là-bas à Lorient, ça bouge.. Il y a des bombardements de plus en plus fréquents. Marie se souvient de l’un d’eux. Tout le village était sorti pour voir l’embrasement du ciel au-dessus de Lorient, à plus de 40 km de là ! Hélène a passé avec succès son certificat d’études et en tire une grande fierté et se voit déjà continuer d’étudier mais voilà ses parents sont résolument pragmatiques, comme il se doit d’être durant ces temps troublés. Il n’est pas question qu’elle poursuive des études et puis les moyens manquent. Hélène se verra envoyée au loin, travailler dans une ferme, moyennant le gîte et le couvert. Dure expérience pour une adolescente qui, probablement, ne peut saisir la gravité de la situation. En pleine guerre, il y avait des choses bien plus importantes que les études, comme le ravitaillement et surtout la sécurité. D’autres soucis surgissent. Leur cousine Dina Polar et son fils Maurice, arrivés avec eux au Cosqueric, partagent l’espace exigu du logement : neuf personnes dans une unique pièce. La cohabitation devenant impossible, Dina et son fils retourneront au Faouët et obtiendront un logement. Dina y trouvera un emploi de femme de ménage. Un jour, la catastrophe sera évitée de justesse. Suite à l’exécution d’un collaborateur par la résistance (1) la police fait une descente à leur domicile et effectue une fouille rapide. Heureusement, on ne leur demandera pas leurs papiers d’identité, ce qui aurait été un désastre car ceux-ci portaient la mention « Juif » ! Les documents, trop révélateurs, avaient été simplement dissimulés en haut d’une armoire.

Quelque temps plus tard, les Polar vont à nouveau provoquer le destin en allant à Paris, pour y chercher des affaires à leur ancien domicile, passage du Four-à-Chaux. Tout juste arrivés dans la loge de la concierge, on entend frapper à la porte. C’est la police qui vient « ramasser » d’éventuels Juifs pour compléter le quota requis pour la prochaine déportation. Entre temps la concierge a poussé les Polar dans sa chambre. Les agents lui demandent alors si il restait des Juifs dans l’immeuble, et sur sa réponse négative, repartent, bredouilles.
En ces temps de pénurie où le moindre vêtement devient un véritable luxe, on peut comprendre les motivations de ces personnes mais de là à risquer leur vie ! C’est pourtant l’une des réalités d’une époque que la plupart d’entre nous n’ont pas connue. Madame Furcajg et sa fille Marie, feront de même. Marie relate avec concision l’événement « Nous n’avions plus rien à nous mettre, je pense, et ma mère est allée (avec moi) à notre maison de Blanc-Mesnil pour y chercher des vêtements. Elle qui avait peur de tout, ce voyage était certainement cauchemardesque. Je ne me souviens que de la traversée de Lorient où je balançais un petit seau et faisais des sourires à une patrouille allemande qui nous croisait. Ma mère n’avait pas cousu la fameuse étoile jaune. D’ailleurs, elle n’aimait pas coudre ! » Voyage mémorable qui finira bien. Petit miracle s’ajoutant aux autres.

La famille Furcajg verra la Libération arriver avec soulagement et joie, sentiments partagés par tous leurs voisins. Selon Juliette, son père au moment de la Libération aurait été menacé d’être fusillé par des résistants locaux car considéré comme un collaborateur puisqu’ils savaient exactement pour qui il travaillait. Attitude fâcheusement guerrière et certainement injuste puisqu’il y avait eu des milliers de travailleurs français et étrangers, comme nous l’avons vu précédemment, et que leur motivation tenait de la simple survie matérielle. Il y eut une confrontation violente mais heureusement un jeune homme du Cosquéric, présent, était intervenu en leur disant de l’épargner car il avait cinq enfants. Le temps des vengeances, souvent personnelles et parfois injustifiées, allait débuter mais ceci est une autre histoire.


(1) Roger Leroux, dans son ouvrage « Le Morbihan en guerre » évoque le peintre Arthur Midy et sa femme, une Allemande qu’il a épousée lors de l’occupation de la Rhénanie par les Français, qui ont été exécutés comme espions, le 8 mars 44 au Faouët. Il est possible que cela se rapporte à cet événement ?


Marie écrit « Un jour, mon père a loué une charrette, nous avons chargé ce que nous possédions et nous sommes partis. Je ne sais pas à quelle date mais en tous cas Paris était libéré lorsque nous y sommes arrivés. Là, nous avons été hébergés avenue Secrétan où tous les réfugiés affluaient. Mon frère m’a dit récemment qu’il avait pris conscience de ce qui s’était passé en notre absence, en découvrant les grabataires qui occupaient le même dortoir que nous. En plus, le choc de voir la vitrine du photographe d’à côté, toute tapissée de photos représentant des déportés cadavériques aux yeux hagards, dans leurs vêtements rayés..» La vie « normale » allait enfin reprendre ses droits..

 

 

 

 

     

 

A propos de la pérode d'Occupation allemande,  lire sur le blog mes textes : 

- Berek et Rivka 30/4/2010

« Une famille à l’abri des tempêtes» 01/05/2010

« Un père en question » 09/05/2010

 « Une enfance heureuse » 15/05/2010

 « soldat de la Wehrmacht » 28/05/2010

« Une visite qui s’est fait attendre ».06/06/2010

"Un enfant dans la tourmente 09/06/2010

 « on préférait les étrangers » 19/06/2010

 « « Plaque du souvenir » 16/08/2010

 « Mon père, l’antihéros » 26./08/2010

"Le mur des Noms" 27/08/10

 

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20 septembre 2014

Un toit à l'abri des tempêtes (1)

Un train, une Gare : Le Faouët – trois minutes d’arrêt. Une famille descend, avance avec hésitation jusqu’à la place. Femme et enfants restent groupés sous le platane assis sur leurs baluchons. La nuit tombe. Ils attendent le retour du père qui parlemente avec les gendarmes sur un hébergement possible. La boulangère offre une soupe paysanne, prémisses d’une bonne entente avec la population du terroir.   

  Avec l’accord du curé, la famille est hébergée provisoirement dans le préau du Patronage. Après quelques semaines, les gendarmes de Faouët, sur ordre du Maire,  conduisent jusqu’à Cosquéric les adultes et la marmaille. Quelques maisons basses  autour d’un terrain vague, sorte de cour commune dans laquelle on déverse le fumier où viennent s’alimenter cochons et volailles. Un logement mitoyen à celui de la veuve Rousseau est vide : le propriétaire est parti en Amérique et ne donne plus de nouvelles.

 L’été la porte de la masure est toujours ouverte pour laisser le soleil réchauffer l’intérieur. Une oie entre dans la pièce et mord le cul nu du petit frère.

 Un après-midi,  profitant que le petit dernier fait la sieste, la mère et les grands partent aux champignons. A  peine se sont-ils éloignés de la maison, qu’ils entendent le gamin courir derrière eux en hurlant : ses boucles blondes volent  de tous côtés.

 

La famille réunie le soir autour de la cheminée guette le retour du père, ouvrier à la Kriegsmarine(2) de Lorient, où la guerre fait rage. Le dernier-né qui n’a que deux ans,  considéré comme porte-chance est consulté pour savoir si le retour du père est imminent. A plusieurs reprises la porte s’ouvre dès que l’enfant dit : maintenant !

 

Un 25 décembre au soir, les enfants sont couchés pêle-mêle sur les paillasses, faisant semblant de dormir. Ils louchent vers la grande cheminée devant laquelle ils ont  laissé leurs sabots : la sœur aînée y met une orange, avec l’idée qu’ils vont croire à un cadeau du Père Noël.

 

La mère qui pourtant est une grande craintive fait le voyage entre Cosquéric et Blanc-Mesnil avec l’intention de ramener quelques effets oubliés dans la précipitation du départ. Elle traverse Lorient occupé, tenant Marie par la main. La petite fille est fière de son manteau gris perle et, tout en balançant mon petit seau, elle échange des sourires avec les soldats allemands qui défilent en colonne.

 

Marie est de toutes les équipées avec les jeunes du pays : bals clandestins dans les maisons en ruine, projections de films interdits dans les granges, escapades dans la lande avec les galopins du village voisin, travaux des champs lors de moissons collectives.

 

Elle est gavée de liberté, à ne plus savoir qu’en faire

Elle règne sur les espaces sans borne ni palissade qu’elle a conquis

Reine des herbes dans la lande, plus hautes qu’elle

Des aurores et des crépuscules qu’elle possède sans partage

 

Elle aime cette terre de chaos et de solitude,

Où plane l’esprit de Dieu. Elle en respire la saveur.

Les ténèbres ne lui font  pas peur.

Elle vit le doux syncrétisme des premiers matins

Que rien ne vient élucider.

 

Elle n’est ni adulte ni enfant

Juste un feu follet courant dans le vent

En marge des cimetières.

Un éclat de rire, une lueur dans les yeux.

Elle gambille parmi des êtres charnels

Intouchable, désincarnée, que nul n’ose blesser.

    

Le 1er octobre 1943, la mère traîne Marie sur la route  menant à l’Ecole Saint-Jean, éloignée de trois kilomètres. Le chemin est un calvaire car l’enfant pleure et proteste qu’elle ne veut pas y aller. Elle intègre le Cours préparatoire avec une heure de retard, le visage barbouillé de larmes.

 

Le matin, lorsque les enfants franchissent la porte de la classe, Monsieur Malardé, Directeur et instituteur,  se tient sur le seuil avec une règle en bois. Il tape sur les doigts quand les mains sont sales. L’eau qu’on doit tirer du puits à bout de bras est précieuse à Cosquéric, les jours de toilettes sont les jours de fête.

 Hélène, l’aînée, raconte qu’elle fait tous ses devoirs sur le retour de la classe, le long de la voie ferrée, car dit-elle, le père déteste la voir penchée sur ses cahiers. Elle passe brillamment son certificat d’étude primaire et en veut à son père de ne pas l’avoir laissé faire d’études complémentaires.

 Les voisins sont surpris de l’ardeur déployée par le frère aîné pour aider aux champs, il a neuf ans. Il est de toutes les corvées :   détruire les doryphores, déterrer les pommes de terre, retourner les foins, charger le fumier sur la charrette,  parciciper aux moissons.

 La mère passe son temps à faire des nouilles. Les petits, groupés autour de la table, sont fascinés par la vitesse avec laquelle le couteau tranche le rouleau de pâte en fines lamelles.

 Les miches de pain sont énormes et la mère ne découpe pas d’aussi belles tartines que la fille d’en face qui traverse la cour avec une magnifique tranche, taillée fine et plate, d’une étonnante longueur.

 Il est arrivé que le père reste cloué au lit avec une crise de rhumatismes. La masure est humide car le mur est enterré derrière la maison. Une religieuse en cornette vient lui faire une piqûre. Elle arrive dans le hameau et repart nul ne sait par quel moyen de transport? La route est à trois kms. 

 Un soldat allemand en vadrouille s’est égaré dans la lande. Il passe devant la maison. Ma mère qui se tient sur le pas de la porte le voit s'approcher. Ils échangent quelques paroles en allemand, tandis que les enfants s’éparpillent et vont se cacher épouvantés. 

 Les paysans se réunissent tour à tour dans chacune des maisons pour la veillée. Le feu dans la cheminée sert d’éclairage. Des ombres géantes se meuvent sur les murs. Les enfants se font des peurs dans la demi-obscurité tandis que les adultes échangent les dernières rumeurs à voix basse.

 Lors du bombardement de Lorient par les alliés, il fait clair comme en plein jour. Les gens de Cosquéric sont tous dehors,  la  tête levée vers le ciel illuminé. Des clameurs fusent à chaque explosion, comme lors d’un feu d’artifice.

 Les Américains traversent la région. Toute la population se poste sur la route pour les regarder passer. On doit partir. Les Résistants débusquent les collaborateurs pour exercer des représailles. Le père craint d’être considéré comme tel ayant travaillé à la Kriegsmarine.

 

Les années ont passé. Plusieurs décennies, en vérité.

La petite fille garde au fond d’elle-même, une légende

Qui palpite, belle et vivante, entourée de mystère :

Le soleil jouant dans les ajoncs, les amoureuses des bals de Saint-Jean,

Les ombres géantes tournoyant sur les murs, les soirs de sabbat.

Le chaudron noir qui se balance au bout de la crémaillère.

Dans l’âtre suintant, un feu qui jamais ne s’éteint.

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 (1) texte déjà posté sur le blog le 16/08/2010 sous e titre "La vraie vie"

 (2)  Base navale allemande faisant partie du Mur de l’Atlantique

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13 août 2014

Ce petit monde, tel quel

 Monsieur Martin est absent; il est hospitalisé pour quelques jours, tout comme l'année dernière. Les fidèles ont pris les choses en main. Ils se sont improvisés "collectif de soutien" et s'emploient à suppléer les patrons défaillants. Vu les circonstances, il est de bon ton de se montrer compassionnel ; les critiques seraient mal venues. Ce sont des habitués de longue date ; ils vont les uns chez les autres, organisent des parties de boules, prennent l’apéro ensemble, occasions de se transmettre infos, rumeurs au cours d' interminables bavardages. Je me tiens en dehors.

J'ai déboursé 60 euros de ma poche pour le débroussaillage, taillage des haies, tonte de la pelouse, habituellement compris dans les mensualités de 200 euros, depuis la récente augmentation de 15%

 Quelques jours après mon arrivée,  le 13 juin, des objets m’appartenant ont disparu :  un coupe vent et un rateaux oubliés à l’extérieur.  Incrédule et clamant haut et fort qu'il n'y avait jamais eu de larcin dans son camping, la patronne  saisit l'occasion pour entrer dans le MH fureter sous les lits, ouvrir les placards, regarder derrière les portes. Elle raconte à la ronde que je raconte des salades.

En mon absence, mon voisin a trouvé commode de balancer ses déchets végétaux dans un coin de ma parcelle , contiguë  à sa pelouse. En son absence, J'ai rebalancé le paquet.  Cela faisait désordre. Me Martin, arrivant sur les lieux , perd les contrôle de ses nerfs  et marmonne "je vais fermer, je vais fermer". Par la suite je  fais connaissance avec ce voisin, Didier, seule personne avec qui je peux avoir une conversation  digne de ce nom. Il y a deux ans,  il a acheté son MH pour 7.OOO euros ; maintenant invendable,  même à la moitié du prix. 

Selon la propriétaire, je consomme trop d'électricité. Les pannes de courant me sont imputées. A la suite d’intrusions répétées dans mes affaires, je lui ai interdit de franchir la porte. Dépitée, elle  menace de me virer.  De guerre lasse, je fais venir un électricien pour refaire le câblage à mes frais.

Chacun sait dans le village du Tilleul comment, l’année dernière,  elle  humilia un acquéreur potentiel, marié et  père de famille. Il avait vendu tous ses biens et réunis le montant de la transaction. C'était un entrepreneur très enthousiaste, à tel point qu'il avait entreposé d'avance sur le camping le matériel nécessaire aux travaux de rénovation, soucieux d'être fin prêt pour la saison 2013. Cet empressement a déplu à Madame. Elle s'est sentie dépossédée et  lui a donné l'ordre de dégager,  avec l’approbation de son notaire, alors que son projet prenait forme (devis, publicité, dépliant, etc.)

 La patronne vient de vendre à nouveau un MH pour  7.000euros. Je croise le nouveau résident, un homme d’une cinquantaine d’années. Il entend faire de moi une alliée. En préambule, il me soumet à un interrogatoire sur ma vie amoureuse. Il me fait croire qu'il connaît des choses me concernant,  m'appelle par mon prénom, est au courant de ma judéité, connaît ma famille commerçante aux puces de St. Ouen . Les présentations faites,  nous convenons de faire nos courses ensemble . Il conduit une voiture de luxe,  prétend en posséder plusieurs. A partir de là, la rumeur circule que nous "sommes copains" . Auprès du « comité » il a été trop bavard ; il a été jugé dangereux. Je comprends d'après ses confidences qu'il maneouvre pour évincer la patronne et exploiter le camping à sa place.  Il procède par harcèlements. Son  plan échoue faute d’avoir sous-estimé  le pouvoir d'action du "comité de soutien" . Le clan a fini par lui "sauter sur le grapin". La police a enregistré deux plaintes séparées, d'une part pour égratignure au cou, d'autre part pour un bleu au bras. L'affaire semble avoir été classée sans suite.

Le monsieur n'est pas revenu occuper son MH.La Martin est rayonnante, elle a gagné, soutenue, il est vrai, par une vaillante équipe.

Changement de décor.

Un matin, l’électricien vient m’apporter sa facture. Moi, pas gênée de le recevoir en pyjama, cheveux grisonnants ébouriffés, des foulards entortillés autour du cou. Je signe le chèque et lui demande de le remplir : j’ai les doigts raides le matin. Il  me montre le chèque complété d'une belle écriture; les lettres sont fines et élancées. Surprise, je lui fais un compliment. Un moment unique avec un homme de qualité.

-       "  même tout petit j’ai toujours aimé écrire "

-       "  oui, dis-je , j’ai remarqué qu’il se dégage de votre personne comme une distinction inattendue  chez un électricien.

IL sourit. Nous échangeons quelques commentaires à propos du gâchis occasionné l’année dernière à cause de l’arrogance de la propriétaire. Il était venu sur place prendre des mesures pour faire des devis. 

Il fait mauvais temps.

-         Que faites-vous par ce temps là ? demande Mme Martin.

Je ne réponds pas.

La télévision est en panne. J’écoute beaucoup France culture. Rediffusion des Conférences de Michel Onfray de 11 à 12h.  Toute une semaine sur Hanna Arendt. Le film de Margarethe Von Trotta me l’avait rendue antipathique ; ce que rapporte Michel Onfray sur cette philosophe juive allemande m’inspire un profond dégoût, proche de la détestation.  Cette ignoble femme qui s’est mise à l’abris aux Etats Unis pendant  les pires années de l’occupation se jette sur des évènements sensibles liés à la déportation des juifs,  rouvre des blessures et lance des polémiques.

Je ne saurais me passer de lecture. Des titres les plus inattendus glanés dans les vide-greniers suffisent à mon bonheur.   « Le Boulanger d’Angibault » Edition Carrousel ; belle présentation,  ce qui est un confort.  Œuvre tout inspirée de charité chrétienne, mièvre à souhait. Relevé au fil des pages : Jean-Louis d’Agibault « Moi, un Judas ? non ! car je ne suis pas un juif « 

Enfant, j’entendais les gamins «: » Allez ! partage, ne sois pas juif . », Les préjugés résistent aux années. 

Françoise Giroud, biographie de Clémenceau « Cœur de Tigre » ;  Stendhal « Vie de Henri Brulard » . Sorte d’autobiographie. J’ai poursuivi ma lecture jusqu’au bout avec courage, par fidélité à l’auteur ; l’œuvre  apporte un témoignage historique de première main sur son époque.  « les Confessions » de Rousseau » un plaisir de lecture, tant de naiveté est charmante.

« Adolphe » de Benjamin Constant , intitulé « Anecdote trouvée dans les papiers d’un inconnu ». L’ouvrage comprend une  Introduction, une Chronologie « vie et œuvre de Benjamin Constant , une Bibliographie, deux Préfaces, un avis de l’Editeur. La nouvelle occupe les pages 85  à 214,  avec une « lettre à l’Editeur » et  « Réponse », le tout enrichi de nombreuses notes en bas de page… La couverture est une photo de Jérôme Prébois, reprise pour  l‘affiche du film (vendu 37e sur Price minister, dommage que ce soit si cher !). Relevé sur Internet « Le héros (Adolphe) est tiraillé entre l’envie de quitter Eléonore et l’impossibilité de le faire », tension  qui l’amène à renoncer à tout ce à quoi il était destiné.

ADOLPHE

J’ai pu travailler le texte de l’Ecclésiaste sur un logicial d’étude   chargé sur mon ordinateur portable. Grâce aussi à des notes prises lors d’une Session, j’ai déchiffré onze chapitres (il y en a douze). Je compare quelques traductions d'une phrase toute simple.

 

VERSET 3

Le mot à mot :

« Quel profit à l’homme pour toute la peine qu’il se peine sous le soleil.

TOB (traduction œcuménique de la Bible) : "Quel profit y a-t-il pour l'homme de tout le travail qu'il fait sous le soleil?"

Louis Segond : " Quel avantage revient-il à l'homme de toute la peine qu'il se donne sous le soleil ?"

 Jean Bottero (1) "Que reste-t-il à l’homme après toute la peine qu’il se donne ici-bas ?"

 Evangile .com

 "Quel profit l'homme retire-t-il de tout le labeur dont il se fatigue sous le soleil ?."

 Shouraqui 

Quel avantage pour l’humain en tout son labeur sous le soleil ?"

 

Différent, pour chacun de nous, il me semble...

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(1) page 229 de son ouvrage « Naissance de Dieu » Ed.Gallimard mai 1986.

A lire sur le blog : ""Un été pluvieux" publié le 24/9/2012 - "Une malheureuse affaire" publiée le 25 septembre 2013

 

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09 juin 2014

Oblomov, le bienheureux

.Sylvain Tesson n’a pas développé le thème annoncé en titre dans son dernier ouvrage : « s’abandonner à vivre » (1).  Le texte  est d’une vacuité déconcertante. Sylvain  Tesson est un homme d’action,  aventurier des grands espaces qui se lance des défis  avec l’intention de publier ses exploits et de se faire connaître au grand public. Il aime expérimenter des situations extrêmes ; on ne peut qu’admirer sa détermination à s’affronter avec la nature, en solitaire avec ses propres moyens. 

L’Homme qui s’est « abandonné à la vie » est, Oblomov, un personnage de fiction, héros d’un roman de Gontcharov, publié en 1858, qualifié par ses contemporains  « d’oeuvre capitale,  servie par un talent éblouissant » (2). 

 Son histoire se déroule sur 667 pages  dont la lecture est un véritable bonheur,  en même temps qu’un repos pour l’esprit,  laissant le lecteur dans un état de félicité, proche d’une torpeur biblique :

Genèse 2,21 - L'Eternel-Dieu fit peser une torpeur sur l'Homme, qui s'endormit; il prit une de ses côtes et forma un tissu de chair à la place.

       Genèse, 15, 12 - Le soleil étant sur son déclin, une torpeur s’empara d’Abraham: tandis qu’une angoisse sombre profonde pesait sur lui.

 Oblomov fait de ses quatre murs son « jardin d’Eden ». Il suffit à son bonheur d’être dans son lit, drapé dans sa bonne vieille robe de chambre ouatée,  usée jusqu’à la trame. Il protège son petit univers avec la dernière énergie.  Il finira par épouser sa logeuse, qui est en même temps sa domestique,  toute dévouée à son confort, une femme du peuple,  au grand dam de ses amis de la noblesse.  «  Pour lui, Agafia Matvéevna, ses coudes toujours en mouvement, …ses éternels déplacements de l’armoire à la cuisine, de la cuisine au garde-manger,…sa connaissance de toutes les commodités domestiques, et ménagères incarnaient l’idéal de ce repos infini , comme un océan troublé par rien, dont l’image ineffaçable s’était gravé dans son âme  dans l’enfance sous le toit de son père » 

 Mettre de l’ordre dans ses fermages est une affaire urgente et pourtant il  reporte indéfiniment la décision de partir à sa campagne. Propriétaire d’un village de 300 serfs, il se laisse flouer par ses intendants, au risque de se retrouver à cours de revenus. Ni son grand ami Stolz, ni les exhortations d’une femme aimée ne réussissent à le faire sortir de sa léthargie. Son crédo : qu’aujourd'hui soit comme hier, et demain comme aujourd'hui! demain, rien de moins, riende mieux. "Le bonheur est désr de répétition".(3)

.OblomovOblomov, serait-on tenté de dire, est un disciple de l'Ecclésiaste,  poète et philosophe.

  -         Paroles de l’Ecclésiaste, fils de David, roi de Jérusalem.

-         Moi, l’Ecclésiaste, j’ai été roi de Jérusalem

-         J’ai tout vu de ce qui se fait sous le soleil ; et voici, tout est vanité et poursuite du vent.

      -   Quel avantage revient-il à l’homme de toute la peine qu’il se donne sous le soleil.

-         J’ai compris qu’il n’y a rien de bon pour les humains sinon se réjouir et prendre du bon temps durant la vie

        - Il n’y a de bonheur pour l’homme sous le soleil qu’à manger et boire et à se réjouir »

 

« Réjouis-toi, jeune homme, dans ta jeunesse,
Sois heureux aux jours de ton adolescence,
Suis les voies de ton cœur et les désirs de tes yeux…

 

            -      Si un homme boit et mange et jouit du bien-être au milieu de tout son travail c’est don de Dieu ».

Je ne crois pas au don de Dieu, Je crois plutôt au Pouvoir démoniaque logé dans notre mental; le mental est l'obstacle au bonheur.

 Le détachement, encore une condition de bonheur : 

 

- Eloigne de ton cœur le chagrin,

-         Écarte de ta chair la souffrance, 

Le détachement comme l’enseignent les spiritualités orientales. ; une attitude qui n’interdit ni l’action, ni la jouissance, mais tend à vider l’événement de sa charge émotionnelle. Etre entièrement attentif au présent, libérer le mental ;  Eckhart Tolle (4)  trace la voie dans son ouvrage « Le pouvoir du moment présent : Guide d’éveil spirituel ». Il ne s’agit de rien d’autre que de développer la faculté d’attention et de concentration. 

le présent

 Jung sera l'un des premiers à oser mêler orient et occident dans ses recherches sur l'homme. Il utilisera le mandala comme outil d’exploration du psychisme. Le mandala est un symbole d'individuation, dans la mesure où, du fait même de sa représentativité de la psyché, il conduit l'individu vers le Soi, sa véritable nature. Le mandala exclut toute personnification de Dieu. Il est le support d’une pratique de méditation visant à se défaire des préoccupations terrestres qui encombrent le mental.

 L'Arbre de Vie des Kabbalistes est un mandala,  un symbole totalisant  . Il englobe les aspects contraires et n'exclut rien de la manifestation. Les oeuvres passionnantes des kabbalistes proposent une symbolique hiérarchisée,  avec au sommet « l’Ayn Soph ».(5)  Pour la pensée kabbaliste, le concept  « Ayn Soph » est de l’ordre du divin en tant que premier attribut de l’Éternel. (Kether) qui est la limite humaine au-delà de laquelle l'esprit ne peut avoir aucune idée.

 arbreLa démarche que propose la kabbale est tout à la fois mystique et intellectuelle, un intellectualisme qui procède du sacré et non pas de la raison. C’est la forme initiatique d’une ascèse de la pensée et non pas un lien avec Dieu, lequel participerait d’une quelconque fulguration mystique.(6)

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 (1) Edition Gallimard - 9 décembre 2013

(2) de Tolstoi « d’oeuvre capitale",  de Dostoïevski "servie par un talent éblouissant »- Edition l'Âge d'Homme - Lausanne 1988.

(3) Milan Kundera "l'Insoutenable légèreté de l'être". page 434 - édition folio

(4) Edition Bien-être J'ai lu - août 2010

(5) Sans limite -

(6) La formulation m’est inspirée par l’article paru sur Internet du Vén. Frère Michel Warnery, groupe de recherche Alina

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Je prends mes quartiers d'été dans le camping Des Tilleuls près d'Etretat. Je ferai sûrement de l'Oblomov sans état d'âme. Je me plongerai dans "le guide d'éveil spirituel" d'Eckhart Tolle, en espérant qu'il m'en restera quelque chose. Les paroles de l'Ecclésiaste (en hébreu Qoheleth), auxquelles j'adhère,coïncident avec la dernière phase d'un long parcours.

Je ne crois pas au "don de Dieu" ; plutôt l'effet d'une puissance démoniaque qui se joue de nos aspirations spirituelles.

Mes fidèles lecteurs de tous les coins de la planète, je vous dis : A bientôt!!

 

 

 

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20 avril 2014

Sur le parking du Leader

Une cliente présente une boite de haricots à encaisser. Elle n’a pas de quoi payer  un euro cinquante.  Elle ressort sans le produit,   sa petite fille courant derrière.   Je la rattrape  et lui offre  deux euros.  Elle retourne à la caisse,   paie et sort précipitamment pour s’engouffrer dans sa voiture, une grosse calibrée, sans un regard pour moi qui traîne mon caddie jusqu’en haut de Domont. 

 Une de mes connaissances traverse la place comme une flèche. Elle ne m’a pas vue ou fait semblant.  A une époque, sur le marché du dimanche,  nous parlions de nos fils, amis depuis l’adolescence . Elle se préoccupait aussi beaucoup de sa petite fille, de santé fragile. Depuis, son fils a divorcé. Le vendredi suivant,  nous nous croisons à nouveau. Elle stoppe devant moi et nous entrons en conversation. Elle se confie ; elle a l’impression que son fils ne l’aime plus alors qu’elle a toutes les attentions pour lui ; elle s’approvisionne chez le meilleur boucher de la ville. Pas un compliment, et  pour cause le fils en question lutte contre son addiction aux bons petits plats jusqu’à se soumettre  à des séances d’hypnose.

 Un homme est assis sur une traverse, près des chariots ;   il  attend paisiblement le  bon vouloir des gens,  sans quémander ostensiblement.  Il fait chaud. Je lui ai donné une petite bouteille d’eau et deux euros. Nous avons un peu discuté : il est guinéen, sans papiers, sans parents ni amis. Il regarde les gens, aide  à l’occasion une cliente du Leader à remplir son coffre  et reçoit une pièce en retour. Il  est d’un aspect agréable, je le salue et lui sourit. Le vendredi suivant, la place est prise par un vieil homme à l’aspect pitoyable, un petit chien très mignon à ses pieds. J'y vais de ma petite bouteille d’eau et de mes deux euros. J’arrive à lui arracher un mot : Oran : Algérien donc ? il acquiesce. Depuis une voiture, on lui tend une pièce; il accourt, tend son gobelet, et joint les mains frénétiquement sur son coeur , avec maintes petites courbettes et balbutiements de remerciements. Le vendredi suivant, je reste à distance. Le Baladin est stationné sur le parking et le chauffeur charge nos caddies un par un. Je lance un  regard rapide vers le quémandeur et je vois son visage tendu vers moi avec un expression désespéré. Depuis, l'image de sa détresse ne cesse de me poursuivre. Quand même, au prix de 2 euros, j'aurais pu m'éviter  un tel cauchemar.  

 J’aperçois une dame,  les quatre-vingt ans  largement dépassés. Elle habite rue Sainte-Thérèse, en face du cinéma  dans une villa spacieuse au milieu d’un espace paysager bien entretenu agrémenté de beaux arbres. Alors que je passais devant la grille,  je l’avais complimentée à propos de la beauté de ses parterres. Debout devant le Leader, nous parlons littérature.  Je lui demande de ses nouvelles . « Je m’ennuie. Heureusement, vous me donnez des livres ;  vous me sauvez la vie ! ». Lire est sa seule distraction. Elle a perdu son mari après une cinquantaine d’années de vie commune, sans enfant. Elle  sait tout des deux guerres et ne rate aucun document télévisé. Son père a fait la « Grande Guerre » pendant quatre ans. Il était à l’intendance et distribuait le courrier. Quelque chose me laisse perplexe . Née en 1927,  adolescente dans les années quarante, et  habitant Paris, sur la rive gauche, elle dit ne rien savoir des arrestations de juifs !…En 1940, Pétain était l’Homme providentiel pour gouverner la France. Odette n’aime pas les socialistes. Elle déplore qu’à l’époque de Madame Lecuir, Socialiste à la Mairie, elle était mal accueillie au cinéma… Employée dans un bureau de juristes dès ses treize ans, elle n’avait pas de quoi se payer une place de cinéma. Maintenant,  nous avons un Maire UMP, c’est bien différent, on lui offre  des entrées gratuites, mais elle ne va plus au cinéma car elle entend mal.

 Une femme d’une quarantaine d’années pousse son chariot vers sa voiture. Elle porte « un jean » qui moule ses formes.  Odette commente :

 -         s’habiller comme cela à son âge !

 Un  jugement qui m’étonne de la part d’une personne que je considérais comme large d’esprit.

 

Tandis que j’attends le « Baladin » la navette  qui assure les déplacements des personnes à mobilité réduite, une femme s’approche de moi. Elle  aussi attend le Baladin. Je fais une remarque à  propos d’un homme qui se dirige vers sa voiture en poussant son chariot sur lequel sont juchées deux petites filles. Il porte une casquette style marin, à fond plat.

 -         Cet   homme là qui vient de passer avec ses courses a beaucoup de mal à tenir ses enfants. L‘aînée pousse des hurlements dans le magasin. C’est un juif religieux, le tallit* dépasse de sa veste.

 La dame enchaîne sans transition:

 

-         J’ai été mariée plus de trente ans à un sefarade**. Puis nous avons divorcé. Ensemble nous avons fait de beaux voyages en Israël. Nous allions partout. En 1967,  à Jérusalem qui était divisée à cette époque, à Eilatt, à la Mer morte, Massada, le Mur des Lamentations…Nous y sommes retournés aussi  en 1992 et 1998. Sa famille m’avait adoptée.

-         Et puis, vous avez divorcé.

-         - Oui, nous avions une belle maison à Antibes. Ma meilleure amie, une Madame Cohen convoitait mon mari. Il m’a fixé un ultimatum :  ou  je me convertis au judaïsme ou c’est le divorce. Après toutes ces années de vie commune pendant lesquelles je participais à toutes les fêtes juives…Nous avons un fils. Il est déficient mental. Il passe la semaine en Institution et rentre à la maison pour le week-end. Son père s’en soucie peu.

-          Qu’est-ce qu’est devenu votre ex- mari ?

-         Il souffre d’une dépression chronique.

 -          Ah ! voilà le « baladin ».

 Béatrice attend son tour à la caisse. Sa seule sortie, c’est le vendredi à l'occason des courses. Elle refuse de confier son mari à une Institution médicalisée ;   trop chère en rapport avec la qualité des soins, selon elle. Au Leader, ses achats sont fonction des besoins de son mari. Elle stationne longuerment devant les rayons avant de faire un choix, telles barquettes sont trop haut, telles haut trop bas; dénonce les dépassements de dates, fait des remarques à propos de l’hygiène.  Elle incarne le souci que nous devons avoir d’autrui.

Andrée  a une très mauvaise vue et se déplace avec difficulté. Pour repérer les rayons et lire les étiquettes, elle sollicite les gens, clients et employés. Tous s’empressent pour lui faciliter les choses. Elle a de l’humour; Un sourire lui redonne un air de jeunesse et de charme.  Quand on lui demande pourquoi elle ne fait pas appel à des aides-ménagères, elle rétorque qu’elle ne veut pas d’étrangères chez elle car « on   la  voleses bijoux et  sa lingerie !… ». Elle a eu des enfants avec un Africain dont elle a divorcé et qu’elle méprise, jusqu’à ignorer ce qu’il est devenu. Selon la rumeur, « elle a  des moyens », et pourtant elle ne porte que de vieilles frusques et  ses mollets sont couverts de plaies.  Pas comme Catherine qui s’habille avec goût bien que son corps soit  déformé suite à un rhumatisme mal soigné.  Il y a peu de choses  qu’elle puisse faire elle-même. Elle a obtenu  de la Marie un logement restauré à neuf et adapté à son infirmité; elle est ravie des intervenants que lui envoient les Services municipaux  « Ils sont tous gentils et efficaces qu’elle que soit leur origine et leur couleur ».

 Danielle, un peu plus jeune que nous a  subit un grave accident dans sa jeunesse. Elle est restée boiteuse, ce qui ne nuit pas  à son élégance très chic. Elle a fait une carrière dans le tourisme ce qui lui a donné l’occasion de beaucoup voyager. Elle se rend régulièrement à Dakar où elle a de bons amis.

 Arrive une personne que je vois de temps en temps.  Nous avons toujours des choses à nous dire. Tout est positif dans sa vie. Elle fait des projets avec son fils ; c’est un secret.  Elle a aussi un autre secret ;  elle a foi dans le pouvoir protecteur des anges.

 La Kabbale en dénombre soixante douze qui correspondent aux soixante-douze lettres hébraïques de  chaque  verset 19, 20, 21 du chapitre XIV de l’Exode ***. Pour les mystique , Le nom des anges sont des des supports de méditation.

Je me suis sentie attirée par le nombre 13 - Verset 19 : 13ème lettre Yod - verset 20 : 13ème lettre : zaïn - verset 21 : 13ème lettre :Lamed (en rouge) 

 VERSETS

 

, ce qui m’attribue l’ange YEZAL, en hébreux « YOD, ZAIN, LAMED ;

.IZAELLa méditation sur les lettres hébraïques accompagnée d’une respiration contrôlée  a des effets favorables sur les fonctions physiques, la sensibilité émotionnelle, l'entré dans un univers spirituel. Nous sommes aux portes de la magie. 

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*tallit : "tsitsit" en hébreux - Châle rectangulaire à franges porté par les juifs religieux (selon les commandements figurant dans le livre  des Nombres - chapitre 15, verset 38.

** Sefaradim : Descendants des juifs qui vécurent en Espagne et au Portugal avant l'expulsion de 1492

*** traduction Exodus 14:19 L'ange de Dieu, qui allait devant le camp d'Israël, partit et alla derrière eux; et la colonne de nuée qui les précédait, partit et se tint derrière eux.

 LSG Exodus 14:20 Elle se plaça entre le camp des Égyptiens et le camp d'Israël. Cette nuée était ténébreuse d'un côté, et de l'autre elle éclairait la nuit. Et les deux camps n'approchèrent point l'un de l'autre pendant toute la nuit.

 LSG Exodus 14:21 Moïse étendit sa main sur la mer. Et l'Éternel refoula la mer par un vent d'orient, qui souffla avec impétuosité toute la nuit; il mit la mer à sec, et les eaux se fendirent.

 

 

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