Wirgina Woolf. J'avais aimé « Promenade au Phare ». Impossible de m'intéresser à « La chambre de Jacob. Narration décousue, phrases sans liens, multiples personnages à peine esquissés. Oui, l'atmosphère British est bien rendu ; les hommes et surtout les femmes typiques bourgeoises londonniennes. Jacob est un jeune homme insaisissable, capricieux, associale, soucieux de se démarquer de sa tribu, bien que snob. Traduction Agnès Desarthe, auteur « Dans la nuit brune » que j'évoque dans un de mes textes « La douleur des autres » publiés sur mon blog le 26/11/2010.

 J'arrive à la dernière page (ouf !) de « La chambre de Jacob » . Mon séjour au Crotoy se termine dans quelques jours. Des vacances en mai, un printemps glacial dans la Baie de Somme. Il reste quelques livres dans mes bagages. Yasmina Khadra « L'écrivain » , Kaouther Adimi « Des pierres dans ma poche » « Rue Darwin » de Boualem Sansal. Je découvre la littérature algérienne, jamais neutre. Violence et poésie se cotoient sans transition. Boualem Sansal, un écrivain engagé qui  soulève des polémiques.

RUE DARWIN

 Encore quelques jours à tenir avant la fin de ma location. Je suis à court de lectures. Il y a un Sagan sur les étagères : « Dans un mois, dans un an ». Je le dévore, une lecture refraichissante, énergisante, exaltante. Sagan est née en 1936, moi en 1937. Elle lisait beaucoup, je lis aussi beaucoup. Le parallèle s'arrête là. Sagan s'est lancée dans la littérature très jeune; elle a été éditée, a gagné et dépensé beaucoup d'argent. Elle a connu la gloire et côtoyé les élites de l'époque. Elle est morte à 66 ans. Moi, 79 ans, je tente de ramasser des souvenirs.

Aussitôt fermé , j'en oublie le propos, sauf un petit détail : un personnage mentionne le film « Assurance sur la mort » , réalisé par Billy Wilder en 1944 ; Sagan publie son livre en 1957 ; je le lis pour la première fois en 2016, le film de Billy Winder paraît sur Arte mai 2016. La vague culturelle traverse le temps et l'espace et ne s'arrête jamais. Hallucinant!.

De retour chez moi, quelques livres m'attendent. « Exit Le Fantôme » Philip Roth. J'en termine la lecture.  « Exit... » est la dernière étape d'une série de neuf livres dont Monsieur Zickerman est le héros. La brutalité de language avec laquelle Roth aborde son récit me laisse abasourdie. Le début pésente un Monsieur Zuckermann tourmenté par un cancer de la prostate : douleurs, incontinence, impuissance. A l'occasion d'ultimes consultations, il revient à New York alors qu'il vit depuis plusieurs années à la campagne, dans la maison anciennement habitée par "l'Ecrivain de l'ombre" E.I. Lonoff.

 Par un douloureuse coïncidence, J'ai souffert d'une pathologie de la vessie. Pendant plusieurs mois, jai consulté des praticiens qui ne m'ont pas écoutée. Sous l'effet d'une d'une impulsion soudaine je prends contact avec un chirurgien urologue qui, lui,  intervient d'urgence et procède à une cystoscopie, puis me pose un pessaire. Je reviens à la vie normale jusqu'à  une éventuelle prochaine intervention : installer des bandelettes de soutien.  

C'est dans cette humiliante situation que Monsieur Zuckerman s'entiche d' une jeune femme à la belle chevelure. Bien qu'empêtré dans sa culotte de protection en plastique, il lui fait des avances. Cette jolie femme, mariée à un homme jeune, juif,  tout-à-fait fréquentable, bien qu'impressionné par l'écrivain célèbre, le repousse poliment.  Déçu de cet échec et dégouté de NewYork, Monsieur Zuckerman retourne à la campagne,  alors que l'idée de départ était d'échanger sa maison pour une certaine période avec l'appartement du couple situé en pleine ville.

 Philip Roth admire Romain Gary. Jacques Rainier, personnage dans « Au-delà de cette limite votre ticket n'est plus valable » a, lui aussi, une passion pour une femme jeune et ardente à la belle chevelure, passion réciproque. Passé la soixantaine, il perd confiance dans sa virilité. Il consulte mais rien ne le rassure. Il traîne du côté de la Goutte d'Or  fréquenté par des Arabes et Africains. Il achète la complicité d'un  Antonio Ruiz qui accompagnera le couple sera intégré au couple.Laura consent à tout pour garder son amant.

 Les hommes de plus de soixante ans que j'ai rencontrés après ma rupture avec L.* ne s'entichent pas de femmes jeunes et séduisantes. J'ai tenté avec quelques-uns de ces Messieurs des aventures que je voulais sans lendemain ; expériences gratifiantes et instructives. Ces hommes vieillisants connaissent parfaitement les zones rérotiques qu'il faut éveiller chez la femme. Résultat assuré pour d'intenses sensations, nouvelles  et inattendues, inconnues jusqu'alors.

 Dans « L'Ecrivain des Ombres » , Philip Roth nous ramène à ses débuts. Il vient d'écrire un texte qu'il soumet à E.I. Lonoff, écrivain vieilissant que le jeune Zuckermann admire. Entre en scène Annie Bellette, très jeune femme,  rescapée des exactions nazies, hébergée temporairement chez Lonoff avec lequel elle entretien une relation ambiguë. Annie Bellette réapparaît quarante ans plus tard  dans « Exit le fantôme » sous les traits d'un vieille dame misérable, atteinte d'un cancer. Elle détient un précieux manuscrit de E.I. Lonoff. Zuckermann lui rend visite et entend la protéger d'un ambitieux biographe prêt à lui subtiliser un un manuscrit de l'écrivain oublié. .

 Annie Bellette entre dans un cinéma à New York où se produit le film « le Journal d'Anne Franck ». A partir de là, tout bascule. Bellette et Anne Franck  sont fondues  dans un unique personnage ; un invraisemblable tour de passe-passe imaginé par Philip Roth. La première endosse l'histoire de l'autre. Jusqu'où peut aller un littérateur sans scrupule ? Imaginer qu'Anne Franck ne serait pas morte et chercherait à le faire savoir à son père.

 En 1958, se produisait la première représentration du « Journal d'Anne Franck » dans un théâtre des Boulevards à Paris. Nous avions 18 et 20 ans en 1957. Une émotion intense étreignait le public. Une femme s'est évanouïe qu'il a fallu évacuer. La mise en scène de l'arrestation de cette famille par la Gestapo, rendu vivante par le jeu des acteurs, nous avait brutalement projetées dans une réalité que nous, jeunes filles, sorties de la guerre physiquement indemnes, n'avions pas idée.

 Je poursuis mes lectures d'été. « Portnoy et son complexe «  est sur mon chevet. Le narrateur se livre à des obscénités démeusurément, accumule des clichés caricaturés à longueur de pages. Philip Roth ne se prive de rien pour satisfaire ses ambitions : publier et vendre. Résultat atteint. Des dizaines d'appréciations lues sur Internet louent son talent et font savoir que tout est bon à prendre. L'image d'une famille juive pratiquante dans l'Amérique des années cinquante est posée à gros trait par un narrateur à l'esprit malade. . 

Dans les années cinquante, en Europe,  (le personnage a 19 ans), le concept même de famille n'avait plus de sens. Les cinq enfants que nous étions, échelonnés de 1930 à 1940, grandissions dans  dans une baraque dépourvue de confort, de propreté et d'Ygiène. Mes parents étaient viscéralement ligotés l'un à l'autre; le laisser-aller de notre quotidien ne les dérangeait pas. Ils n'en prévoyaient pas les risques du m!oinsjusqu'à nos adolescences. Mon père gaspillait ses recettes sans apporter une quelconque amélioration à nos conditions de vie. Il subissait avec stoïcisme et humour les récriminations dont ma mère l'accablait dans  cette langue yiddish,  truffée de malédictions intraduisibles. Le monde de leur origine, ce qu'ils avaient en commun,  comptait pour eux plus que n'importe quoi. Ils rayonnaient dans une entente parfaite lorsqu'ils revenaient d'une expédition dans "Le Pläze",  le quartier juif, Rue des Francs-Bourgeois, avec la carpe vivante pour le gefilte fisch.  Quelques heures de paix avant que ne reprenne la crise de désespoir de ma mère.    

 Dans mes lectures d'été, et parce que mentionné par Philip Roth, je repense à Romain Gary. J'ai lu   "Les Cerfs-volant" son dernier roman avant son suicide .  La confection de cerfs-volants étaient le hobby du personnage principal mais aussi un acte de Résistance. Ils cachaient,  derrière les motifs,des messages dans le ciel que  les nazis ne pouvaient pas comprendre.  Tzvetan Todorov dans " Mémoire du mal et tentation du bien"  consacre un chapitre admiratif, pour l'aviateur durant la guerre, pour l'écrivain et également pour l"homme qui, après la victoire,  s'est refusé de se livrer à des actes de vengences sur les traitres. 

Je me suis passionnée pour "The chosen" (L'Elu) que j'avais lu il y a bien des années avec indifférence. Cette fois-ci, avec une certaine ampathie pour les deux adolescents plongés dans l'univers des juifs pratiquants, l'un ayant un père érudit, dans le respect des rituels mais tolérants, l'autre, Hassid, intolérant sans concession. Le ton est sobre, concis, dénué de fioritures. Reuven est blessé à l'oeil   lors d'un match de base-ball par Alex, fils d'un Hassid et destiné à lui succéder. J'était tout particulièrement intéressée par l'évolution de la blessure, suivie dans un Service ophtalmologique.  J'ai été dernièrement sur le point de subir une intervention chirurgicale de l'oeil gauche. L'avant-veille du jour J , j'ai décidé d'annuler car  je me suis aperçue que les prescriptions post-intervention étaient nuisibles et impraticables. Le chirurgien n'a pas daigné d'en discuter avec moi. .______________________________________________________________________

* lire les textes "rites d'amour" posté sur le blog le  02/05/10

A propos de ma famille - fragments 

-         29 avril 2010 « les poëles Godin »,

-          30 avril 2010 "Mon nom"

 -         1er mai 2010  «  Une famille à l’abri des tempêtes »

-          5 mai 2010 "Souvenirs du passé"

 -         9 mai 2010 «  un père en question »

-           10 mai 2010 "Douleur lancinante"

 -         5 mai 2010 « Chez le photographe »

-         18 mai 2010 "Le vélo de notre enfance"

-         28 mai 2010 "Un soldat de la Wehrmacht" 

 -         10 juin 2010 "On préférait les étrangers".

-         26 juin 2010 -"Ma cousine Emilie"

_         16 août 2010 "Plaque du souvenir"

 -         26 août 2010 « Mon père, l’antihéros"

-     -- 27 août 2010 "Le mur des Noms"

 

- 14 janvier 2011 "Madame Boissière"

    30 octobre 2012 "Tous résilients"

 

-         29 octobre 2013 "Tout sur ma mère" 

-         29 octobre 2013 "Tout sur ma mère"

 

           20 septembre 2014 "Un toit à l'abri des tempêtes"

-         23 septembre 2014 "Sauvetage d'une famille"

-         26 mars 2015 "L'insoutenable Barbarie"

      

 

Le Crotoy 2016-08012