Orphée, ayant charmé les puissances infernales par ses talents de musicien, a obtenu d’Hadès la faveur de descendre jusqu’au Styx pour ramener son épouse Eurydice dans le monde des Vivants. C’est en ce  même lieu que Dante attend sa bien-aimée Béatricepiton_rocheux_

Debout sur un piton rocheux, à la sortie du Purgatoire

J’attendais, fébrile, ma chère Béatrice

Epiant , en contrebas, le sentier aride et caillouteux.

 Pas de plaintes ni de gémissements en ce lieu.

Un silence apaisant ; mes sens se calmaient peu à peu,

Quand  j’entendis monter jusqu’à moi un  son cristallin.

 D’une insondable mélancolie distillant dans mes veines

Un filtre magique qui m’ensorcellait, oubliant même

Ce que, en ce lieu funèbre, je venais chercher. 

 Mon oreille cherchait d’où venait cette musique.

je vis  venir un homme s’avançant d’un pas assuré.

Il jouait de sa lyre. A quelque distance,

S'avance aussi une femme vêtue d'une robe blanche. 

Je crus un moment voir en elle Béatrice, et sursautai de joie

Prêt à dévaler le versant du tertre où je me tenais.

 Oh! Non !  Eurydice!  Je ne fais pas un geste,

De cette équipée dépend sa vie, 

Qu’une morsure de serpent lui avait ôtée.

 Tous deux passent sans me voir  comme liés par un fil.

La dame n’a d’yeux que pour les sandales de son époux

Qui laissent sur le sable une empreinte profonde.

 Elle met ses pas dans les siens, marche avec courage,

Fait peine à voir ; j’admire sa bravoure.

Elle garde bonne allure, malgré sa blessure.

 Déjà ils sont près de quitter  les rives de l'Enfer.

L’angoisse m’étreint  le cœur, le succès est incertain,

Cette aventure aura-t-elle une heureuse fin ?

 Apollon qui jadis le protégeait, s’est détourné d’Orphée,

Dyonisos se joue de sa vertu, se plaît à le torturer,

Lui souffle des mots perfides. 

 « Vois si sa beauté est telle que dans ton souvenir?

« Est-elle à la hauteur de ta passion ?

« Alors, pourquoi attendre ? Saisis cette lascive créature"

 Orphée lutte pour chasser ces insinuations mortelles,

On peut lire sur ses traits la plus extrême douleur.

Vaincu, il se retourne d’un bond,  son cri résonne au loin.

 - « Eurydice, viens à moi,  que mon regard te voie ! »

Il lâche sa lyre, tend les mains vers elle.

Elles retombent dans le vide.

 Eurydice recule, épouvantée, se jette au sol,

Sa longue robe autour d’elle étalée.

Le visage livide, ses cheveux sont comme un linceul.

 Je descends pour lui venir en aide. Etendue à mes pieds, elle m’implore :

-« Toi, témoin de mon infortune, penses-tu qu’il m’aimait assez

« Pour me ramener saine et sauve dans le monde des vivants ?

 

 L’apparition de Béatrice me tire de ma stupeur, 

Sa vue me console après tant d’épreuves et de solitude.

Je lui raconte la scène, interroge : »Que va devenir Orphée ?»

 - « Pactiser avec Hadès, séduire les Dieux, funeste erreur.

« Quels que soient ses efforts pour être enfin fidèle

« Les forces obscures s’acharneront sur lui et le déchireront.

 Je m’exclame incrédule, au comble de l’indignation

-« Mais pourquoi ? Orphée  était sincère, pourquoi ce sort  fatal ?

« Tant de peines et de larmes n’ont-elles donc pas conjuré le mal ?   

 -« N’en croit rien - reprit Béatrice, avec son doux sourire

« Si Orphée avait aimé Eurydice, comme il l’a tant clamé

 « Ils seraient ensemble maintenant sous le ciel étoilé .

thumb_le_mythe_d_orphee__ «  Tu sais pour l’avoir vécu, toi-même,

Combien est long et difficile le chemin de l’amour.

« Tu as mené à bien ton initiation et nous voilà réunis.

 

« Oh ! Béatrice, tu irradies d’un éclat si lumineux !

Tu me conduis dans la lueur naissante d’une merveilleuse aurore,

« Vers le Monde des béatitudes et de l’amour intemporel !

 « Une ardente ferveur me dicte ces paroles, Oh ! mon immortelle !

Béatrice sourit à ce fougueux discours  – «  Allons, partons,

Dans les séjours célestes il n’est besoin de tant de mots ! »