Si vous flanez le long du quai aux abords du port de Lympia et si  vous laissez vos pas vous mener jusqu'au quartier du Lazaret, vous serez surpris de voir surgir soudain dans un coude du Boulevard Frank Pilate, un immeuble imposant, bâtit sur une éminence, à l'écart de la route et séparé d"elle par un jardin en pente douce agrémenté de plantes tropicales. La façade plein sud expose au soleil méditerrannéen ses quatre étages et  douzaines de fenêtres, aux vitrines nues, étincellantes de lumière. Sans balcon, sans ornements, l'aspect pourrait en être sévère si ce n'était le rose tendre des murailles, marié au vert douceâtre des volets, ainsi que les croisées en forme d'ogive du premier étage.Que vous soyiez ou non l'un des heureux qui aura pris soin d'annoncer son arrivée  à l'avance, vous marquerez une pause au milieu de l'allée groudonnée pour contempler le relief tourmenté du Mont-Boron sur lequel les architectes ont eu la hardiesse de bâtir de magnifiques résidences, s'égrrnant jusqu'au sommet. La grille en fer forgé, hérissée de pics dorés, est ouverte à deux battants. Un un oeil électronique, haut perché sur un piquet de fer, veille. Vous noterez le numéro 29, joliment ouvragé, cloué sur la borne en pierre blanche, à partir de laquelle court un muret haut à peine d'un mètre cinquante, épousant avec souplesse la forme du virage, tendis qu'une haie touffue et parfaitement taillée en dissimule l'arête supérieure. Une pancarte annonce pompeusement : 

"Diocèse de Nice

"Maison du Séminaire

"Foyer Saint-Pol

"Cénacle"

Initié ou pas, le visiteur franchira la grille. S'il est piéton, il dirigera ses pas à droite du parking en direction de l'entrée.Deux volées d'escaliers en spirales symétriques s'arrondissant en corolle autour d'une vierge à l'enfant, grandeur nature, toute éclatante de blancheur. Une plaque en marbre blanc vissée au mur rappelle que la Maison lui est redevable d'un miracle: l'avoir préservée des pillages et destructions au cours de l'Occupation allemande. Une douzaine de marches mènent à une spacieuse terrasse à colonnades sur toute la largeur de l'immeuble. L'accueil est à l'étage; le rez-de-jardin, sous les escaliers sert de soupente. De la terrasse, la vue s'étale d'est en ouest: le Cap de Nice bordant la rade de Villfranche, le port de Lympia parsemé de petits bateaux de plaisance, la Baie des Anges dont la ligne courbe se perd dans un léger flou vers Saint-Laurent-du Var.

Enfin, il est temps de prendre l'une des trois portes largement ouvertes.Le hall est vaste et clair . A gauche de l'entrée, le Secrétariat  logé dans un box vitré vous accueille pour les formalités de séjour. A droite, une table et des chaises permettents aux arrivants de patienter avant de recevoir les clefs de leur chambre. L'atmosphère évoque  un Centre de Vacances de Comité d'Entreprise, impression démentie par l'icône d'un Saint-Jean Baptiste prêchant dans le désert de Judée. De nombreux dépliants fixés sur un tableau d'affichage ou disposés sur des présentoirs sont riches en promesses : ""Aucune frontière à l'amour" , "Détente, Réflexion, Ressource."  "Heureux qui passe de la religion à la foi  en Christ avec l'Evangile de Mathieu". L'aspirant à la Grâce Divine ne s'est pas trompé d'adresse : nous sommes bien dans le vesticule du Royaume des Cieux. Pour l'instant, pas d'examen de passage, le voyageur en quête ou non d'initiation  n'a pas à donner la preuve de son appartenance, ni les motivations de son séjour.

Les formalités d'enregistrement  terminées, la visite peut commencer : simple déambulation au hasard des portes et couloirs. Passé le distributeur de boissons, le point-phone, la boite à lettres, une porte donne sur un étroit passage à ciel ouvert menant à une autre porte, celle-ci finement sculptée qui donne accès à une chapelle aux allures de basilique.Vu de l'extérieur, on ne soupçonnerait pas  un lieu de culte dans cet édifice au toit bas, garni de tuiles rouges, sans clocher, sans porche, sa façade plate et nue  et cette façon de s'appuyer tout contre le bâtiment principal ,comme pour se protéger et passer inaperçu aux yeux du profane.  L'intérieur est riche en surprises. accueil_spirituelChaque centimètre de murs, sols, voûte, mobilier, est gravé, ciselé, sculpté, peint, revêtu de marbre, de lamelles dorées ou de mosaique. L'abside, dite en cul-de-four de facture bysantine, témoignage d'un engouement pour l'art paléochrétien.rappelant celle de Ravenne dans la basilique de Saint-Vital,  Trône au centre de la voute, un Christ en Gloire, les bras légèrement écartés du corps dans un geste d'offrande et d'accueil, inscrit dans une mandorle de plantes tressées, piquées de fruits. En médaillon, au-dessus de sa tête, l'Agneau de Dieu dans sa mandorle. A ses côtés, les Pères de l'Eglise, nommément représentés, se tiennent debout avec agneaux à leurs pieds. Splendide illustration  d'harmonie, d'équilibre des couleurs, de la composition, des thèmes.

Les personnages, la faune, la fleur, autant de symboles derrière se cachent un mystère, une révélation.  Divergences et convergences se rejoignent en une unité sublime que l'on peut observer également dans le Temple de Dieu qu'est la Nature livrée à elle-même

Il suffit de contourner l'édifice pour découvrir un enchevêtrement de végétations qui, par bonheur, n'a pas connu la  man du jardinier.  A chaque détour d'un étroit escalier aux pierres branlantes, arbustes et plantes croissent au gré de leur fantaisie. La volonté farouche des énormes cactus, accrochés aux parois rocheuses est à elle-seule un message pour le méditant  qui, depuis son arrivée hier sur le seuil du 29 Avenue Frank Pilate jusqu'à cette minute  où il est assis entre mer et rochers, vient d'effectuer un parcours initiatique avec le sentiment d'avoir reçu un merveilleux cadeau.